Archives pour février 2014

22-02-2014

Qui a exténué le M20F?

Le 20 février 2014  ,  en plein cœur  de Casablanca, à 19 heures pile , le premier slogan fut scandé par une centaine d2222222200000e personnes disposées en cercle  à l’occasion de la troisième  anniversaire du M20F . 

Un petit monde pour une grande fête

Un petit monde  qui vint manifester dans la grande place de la plus grande ville du pays. Pour les habitués des manifestations du M20F ,ce fut là l’occasion des retrouvailles entre amis qui ne se connaissent point mais  qui flottent dans les mêmes rêves.

D’abord, je me fus précipité vers la Place de  la Fontaine mais je n’eut rien trouvé. J’eus beau tendre mes oreilles , aucun écho ne me fut parvenu .Puis j’aperçus une figure militante    qui ne m’est pas étrangère, je fis demi-tour et je me mis derrière elle  car j’eus la certitude qu’elle savait  le lieu exact de la manifestation. Il s’agit d’une figure féminine que je rencontrais  là   où une action manifestante militante était organisée.  Une femme qui n’est ni jeune ni moderne , parfois elle photographiait  ou filmait parfois elle méditait.  Je m’étais alor19661626262gs habitué à sa présence.  Elle me faisait souvent rappeler feu Khammali  que je cherchais pour saluer  dans pareilles occasions .Autrement, je  ne pourrais le retrouver.

 Une fraiche nostalgie

Une anniversaire  fêtée en  intimité  , entre amis , sans échos ni éclats. Les casablancais vaquaient à leur préoccupations quotidiennes  et ne se hasardaient point de venir voir. Il faisait froid, Il faisait nuit et ennui.? les yeux rivés sur les bus ou le tramway qui semblait attiser ce centre à la recherche d’une joie perdue :Une  halqa parmi d’autres même si on n’était pas à Jamma Lafna où un serpent vint de mordre son charmeur , son geôliers; c’est une information triste que j’ai apprise hier .   Les charmeurs de masse ont encore de beaux jours devant eux , ce ne serait pas  cette présence qui les dissuaderait pour  REFORMER.Donc, un attroupement minuscule que les voix  fissurées et affaiblies  par le froid ; n ‘arrivaient point à  faire rayonner. On dirait que ses slogans  criés   n’étaient que des files de vapeur qui  à peine se forment ils qu’ils s’évaporent pour renaître et renaître  infiniment . Je pris place   pour essayer de scruter ce qu’il y avait  et ce qui était dessiné au moyen des bougies .A côté de moi il y avait deux adultes un jeune homme et plusieurs enfants. L’un des organisateur   distribua des  pancartes à la supposée  famille qui était à mes côtés puis il m’ offrit une qui lui resta en main. J’ai lu : » nous sommes tous pour la libération des prisonniers politiques »  Ce n’était  pas grave   car on ne’insultait ni Dieu ni Roi. Mais j’eux un sentiment de honte car je ne connais plus aucun détenu politique !!!! Je  la brandis  comme tous les autres  et je me mis a chanter en chœur…Je me rendis compte que j’étais un maillon indispensable  à la  halqa , Personne n’ était derrière ou devant moi. D’autres furent venus  après mais sans donner de la consistance à l’événement…Je voulus sortir pour   observer les contours et l’impact de l’événement ,j’offris ma banderole à un petit enfant  assis sur les épaules de son jeune père.

Des retrouvailles  amères

Le cercle se compactait davantage mais  sans s’imposer aux regards des passants  déjà absorbé par la nuit .Je rencontrai  A Zaazaz que je saluai  respectueusement puis   quelques mètres après BLK , le militant du PSU , qui me félicita à l’occasion de cette troisième anniversaire. Puis , l’Amazigh , un habitué du M20F, sauta sur moi et me salua très chaleureusement car nous nous sommes pas vu il y a exactement Une année .Je ne connais pas le nom de ce  vieux militant. Après j’ai rencontré SD un collègue  militant du PADS avec qui j’ai tenté d’analyser  l’Etat déplorable  du M20F .

La radicalisation a tué M29F ?

Selon ce militant , c’est l’extrême gauche qui en est responsable, leur chef avait déclaré qu’une fille  a le droit de faire l’amour  avec un garçon   en dehors du cadre du mariage…De même un jeune de cette tendance  criait souvent  , micro à la main que le M20F ne veut plus rester  pacifique il veut devenir sanguinaire ,que M6 est un prédateur…Selon cet ami, personne n’est prêt à faire du Maroc une nouvelle Syrie ou Egypte

Chimères et cauchemards?

 Pour moi , le problème se pose  toujours en termes de compétence, d’art de faire , de planification…Tous ces politiciens politicards car ils ne cherchent à servir le peuple mais à harceler le pouvoir .Les masses et leur problèmes sont transformés en monnaies de change avec le régime qui  se présente souvent plus clément  que ces militants. Mon expérience, aussi modeste et subjective  soit elle , m’a appris que la  GAUCHE  marocaine et une chimère cauchemardesque

La halqa prit fin  et SD , avec qui  j’ai toujours beaucoup de points communs dans l’analyse de la situation politique du Maroc, me quitta ;

Le M20F est-il mort ou tout simplement  déprimé ?

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16-02-2014

Du coq à l’âne !!!

Je suis parmi  ceux qui ne  sont 2013-04-15 17.11.29plus soumis à tel ou tel cliva0312200933441.jpgge idéologique  .Autrement dit  ,  je ne fais plus confiance qu’à ce que voient mes yeux  et ce que  touchent mes mains. Avec le gouvernement d’alternance de la fin du règne Hassane Deux,  le peuple   s’était vite rendu compte que  cette alternance là n’était pas pour lui.  Une désillusion   ineffable .Pour moi  le peuple c’est le petit peuple  incapable de mentir, de lécher le bottes , de surenchérir  , de pratiquer toutes les arrogances et les conneries…Ce petit peuple  qui colporte ses petites idées   comme de  vieux  objets hérité   de ses aïeux.  Le petit peuple  qui  choisit toujours de se murer dans son mutisme hypocrite, le petit peuple    qui ne  connait que rarement son véritable intérêt.

Z    et  W     ou la    frauduleuse  roulette marocaine

Lors de son adolescence , Z était un petit musicien qui  faisait partie du meilleur groupe musical des jeunes  férus des                 Nass Al Guiwane  dans notre ville .Tant bien que mal , il eut son bac vers la fin des années 80 et décida alors  d’entrer à l’école des instituteurs. Sa mère    travaillait  dans un bain maure  .Z   ,qui était toujours passionné de la  musique, prit la  fatale décision  de ne plus préparer ses  examens  de sortie …Il se disait : « je ne réussirai pas , mais je serai affecté en tant que stagiaire , je toucherai 1000 DH , je donnerai 100 DH à ma mère et je vivrai bien avec le reste » . Seulement , l’école décida de l’exclure sans lui donner une autre chance. Il s’est inscrit à la faculté .Pour l’aider malgré son cynisme ,  j’ai    eu recours  à mon  ancienne  relation avec  W , un ami à moi qui venait alors de terminer ses études dans la faculté   de la théologie où s’était inscrit Z… Z  maudissait  la musique  et  entama ses études  d’une manière sérieuse. W m’avait passé des cahiers et  des imprimés   que j’ai remis à Z …Après une  longue marche courageuse , Z  termina ses études malgré les ratages et beaucoup de retard…Tout le monde à la faculté et dans les  alentours  l’encourageait et lui  présentait de l’aide… Que cette personne rongé par la misère et  le désespoir réussisse était pour tout ceux  qui l’avaient croisé une mission humanitaire . Mais Z   ne savait pas qu’il serait condamné au chômage éternel , au dénuement  absolu qui l’avait conduit  à la folie et l’extinction…  Avec ses diplômes , Z  aurait du trouver facilement du travail s’il était considéré comme un être humain , comme un marocain  ayant une dignité  et des droits fondamentaux inaliénables. Avec le même diplôme en théologie , seulement quelques années auparavant, W intégra    la police  , fit une ascension fulgurante    et devint l’idole de toute notre ville .Malheureusement pour moi , il y a longtemps qu’il ne me  parle plus   depuis ,exactement , le moment où il  fut devenu policier…Donc peut –être je ne pourrai pas compter sur ses interventions  au cas où j’aurai un problème avec les Hommes du Temps…Ha ha ha ha ha !!!Suis-je l’ennemi numéro un du régime marocain sans que je ne m’en rende compte ???  ha ha ha   je n’y  crois pas  du tout  pour la simple raison  que je ne crois plus à rien…

Le secret de W et de Z!!!

Mais où  voudrai-je en venir avec l’exposition  de ces souvenirs   douloureux ? peut-être j’aimerai bien dire que Z  devrait assumer ses responsabilité   et subir les conséquences  de son manque de séreux  , que W détenait de grands secrets ,ne faisait que se   cacher  derrière le petit  taleb  frileux  et trop discipliné  qu’il était …Des secret ,des secrets mais quels secrets alors ??

Le seul secret qui les naïfs  comme moi ont découvert c’est  que l’Etat marocain   désigné sous le nom du makhzen  est loin d’être méritocratique. Le makhzen adore    brouiller les cartes  mais il  veille à ce que  l’illusion  de l’ ascension  ,de la liberté, de la justice ou autre soit maintenue alors qu’en réalité rien n’est laissé au hasard.  Une guerre de valeurs dans laquelle tous les coups sont et étaient  permis. Cette guerre qui est venue à bout de toutes les valeurs  universellement   considérées  comme  positive .Après les avoirs battues en brèche, L’Etat  a mis à leur place d’autres  qui lui assurent  une sorte d’uniformité  , de platitude et de transparence  reflétée

Clonés ,besaces, abîmés, transparents  et bêtes 

Nous avons toujours  revendiqué le droit à l’égalité des chances sociales ; notre makhzen  a réussi  à faire de nous  des êtres clonés  centrés sur leur besace gastrique crevée qui ne se rassasie jamais. Nous avons réclamé la transparence  des affaires publiques  , le makhzen a fini par nous munir d’un scanner personnel  qui permet de voire les entrailles de  nos entrailles…Qui pourrait alors  distinguer un Lachgar d’un Chabat ou d’un Benkirane ou de Lansar ? Ils sont comme des gouttes

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13-02-2014

Les années de miel de la gauche marocaine et l’école du makhzen?

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Souvent , je m’enferme et je concentre mon attention sur   ce que j’entends ;des échos  de voix humaine    cassées   et du tumulte humain   insensé…Aucun sens , aucune idée .Puis , je commence une longue promenade dans ma mémoire fissurée  et  déchiquetée… Je revis des moments que je n’ai jamais vécus … Ces événemen

ts de 1965 où les élèves étaient sortis pour protester  mais Oufkir les avait bombardés  depuis  un hélicoptère  et que  feu Hassane Deux commenta en ces termes   « `Permettez-moi de vous dire qu’il n’y a pas de danger aussi grave pour l’E

tat que celui d’un prétendu intellectuel. Il aurait mieux valu que vous soyez tous illettrés ».Puis je revis les violentes grèves de 1971 où mon âge me permettait alors de scruter les événements à mon aise sans être inquiété par les soldats armés jusqu’aux dents. Pui 1979 et toutes les années 80  à l’université de Fès ,

Pour moi donc c’est comme une équation que  n’ai pu résoudre à temps. Puis  , j’en ai eu en pleine figure , ces problèmes irrésolus, ces  appels de détresse sans réponse , ces gens sans pitié , ces fonctionnaires sans conscience , ce pays sans cœur…   Et  je ferme  c

ette mémoire en ruine  , enfoncée car sans porte ni seuil et je m’en vais  vaquer à mes préoccupation quotidiennes  .

Des  enseignants diplômés qui réclament une promotion  automatique

Une première épine  fait sont réapparition dans ma gorge  et me rappelle à l’ordre : «  si tu ne fais pas attention tu risques  l’étouffement accidentel » . Je revis  ces débuts des années 90 où j’ai  fondé avec mes semblable une association nationale des enseignants ( chercheurs !!!!??????)du secondaire   et où nous étions accueillis plusieurs fois par le

s ministres sans qu’aucun d’entre eux  ne daigne  répondre à l’une de nos doléances. Je peux  faire exception dans ce sens de Mohammed  KNIDRI qui  nous a ,au moins ,accordé  des postes budgétaires… Tous les autres ministres surtout les progressistes Alaoui Smail et Saaf avaient fait les oreilles  sourdes à notre voix en tant qu’association nationale …Mais en catimini , la plupart des membres de l’association   avaient obtenu   ce qu’il cherchaient. Alaoui , Saaf , Alaoui et Malki étaient incapables de modifier une loi injuste qui  ne reconnaisse point les efforts de certains  enseignants ambitieux e…C’est dire qu’ils avaient accéléré  plus que jamais la politique de la  médiocratisation du secteur de l’enseignement en encourageant le favoritisme , le népotisme et le clientélisme

Les années de miel de la gauche marocaine

Pourquoi  fait-on  abstraction de ces années où la gauche exerçait le pouvoir ? Etait- il plus  facile d’octroyer à un «  militant intellectuel » des indemnités  pour un travail qu’il n’a  pas exercé car il n’était pas encore recruté que d’offrir à des enseignants ambitieux leurs droits  de promotion ?  Était-il plus légale et plus juste d’étouffer une noble action démocratique associative en faveur du clientétisme et du favoritisme ? Est-ce que c était le makhzen qui  avait empêché Abdallah Saad de   reconnaître nos hauts diplômes obtenus dans la fin des années 80 et au début des années 90 ?Est ce que c’était le makhzen qui lui avait demandé de renflouer les poches de son militant intello et de falsifier  des documents pour qu’il soit recruté au-delà de 45 ans ? Est-ce que c’était le makhzen qui  avait demandé à Malki d’avaler des kilos de chocolats  et de décorer son bureau par des dizaines de bouquets de fleurs aux frais de la princesse ? En fait , c’est un esprit …Ces gens qui prétendent appartenir à la gauche   marocaine méprisent   les masses , se moquent des revendications légitimes   et  pratiquent les viles manœuvres pour porter préjudice aux victimes tout en  ouvrant les portes  à ceux qu’ils prennent pour des disciples . Ils ont fermés leurs partis/zouias devant les masses   , ils ont eu l’impression illusoire de ne plus avoir besoin de personne . Ils se sont suffit de leurs  « fidèles »… Et ces masses  qu’ils n’ hésitent pas  à rejoindre  hypocritement   dans les rues  lors des manifestations…   Cette  gauche  a contribué activement au sabotage de l’école marocaine   et personne ne lui  demande de compte. C’est étrange , n’est-ce pas ?

De 1965  à 2014:même stratégie libérer les commandes du pays 

Le même principe , la même politique !  il faut  éliminer pour avoir le champ libre…La bataille se joue dans l’avenir lointain. Pour que ce Maroc  offre toujours ses commandes aux enfants des privilégiés de la nomenklatura makhzenienne partisane qui se joue de la destinée des populations. Au lieu de révolutionner  le pays   et son économie en comptant sur la substance grise de ses enfants, on sème le désespoir et on liquide les espérances…Une grande haine anime les membres de cette nomenkclatura contre les enfants du peuple .Une stratégie de déracinement  des éléments pauvres  distingués   de leurs origines aboutit à l’affreuse phénomène de la transformation des victimes en bourreaux…Une guerre  atroce qui ne ménage aucun moyen pour venir à bout des pauvres marocains  …Jusqu’à quelles limites peuvent aller  ces processus de paupérisation  d’analphabétisation , d’abrutissement ?

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01-02-2014

Aïssa Kadri : «Une large partie des intelligentsias et des élites s’est alignée»

A LA UNE ACTUALITÉ

Aïssa Kadri : «Une large partie des intelligentsias et des élites s’est alignée»

le 01.02.14 |

L’Algérie a en effet 1,2 million de facebookers de moins que le Maroc qui en score 4 millions. Avec le meilleur taux de pénétration en nombre de population et d’internautes, la Tunisie vient quasiment à égalité avec l’Algérie qui compte presque trois fois plus d’habitants. Le Maroc totalise 4 075 920 facebookers et occupe la 37e place (sur plus de 180 pays), selon les chiffres de la première semaine de janvier 2012 de «socialbakers». Le taux de pénétration du nombre d’utilisateurs de ce réseau social par rapport à la population marocaine est de 12,89%, contre 39,03% parmi la population connectée. Selon «socialbakers», le nombre d’utilisateurs de facebook au Maroc a augmenté de 450 820 comptes durant les six derniers mois *.

- Au vu de la participation active des élites tunisienne et égyptienne (écrivains, artistes et intellectuels) à l’éveil des consciences de leurs sociétés, d’aucuns estiment que l’élite intellectuelle algérienne a déserté le terrain de la lutte pour les droits et a péché par son silence et sa démission. Qu’en pensez-vous ?
Pour parler de l’engagement des élites, des jeunes, des femmes et des différents catégories de la société dans les mouvements sociaux qui ont affecté dans de nouvelles formes de radicalité, de pratiques et de répertoires d’actions, ces dernières années, les pays de l’aire culturelle en question, il est nécessaire de poser au préalable les conditions du comparatisme.

Les mouvements sociaux qui affectent les pays au sud de la Méditerranée – principalement ceux des pays dits «arabes» – relèvent de situations différentes, s’inscrivent dans des profondeurs historiques différentes et renvoient à des conditions socio-anthropologiques, culturelles, politiques différentes. Même si on peut relever quelques invariants dans les formes de pérennisation de la domination par des pouvoirs illégitimes, autoritaires et dictatoriaux, la Libye n’est pas de ce point de vue le Yémen, l’Egypte est assez différente de la Tunisie, le Maroc de la Jordanie, la Syrie de l’Algérie.

Cependant, il y a quelque chose de transversal dans l’expression et l’affirmation de ces mouvements sociaux qui s’inscrivent dans un espace-temps générationnel de basculement vers de nouvelles demandes, de nouvelles façons d’être et de se représenter face au politique, face aux autres ; d’autres exigences de participation citoyenne qui sont en rupture avec les modes «traditionnels» de faire de la politique, d’exister, qui ont prévalu jusque-là ; il est néanmoins important de noter que cette évolution s’est développée de manière asynchrone et que ses rythmes comme ses formes ont différé d’un pays à l’autre, ce qui explique les modalités différentes d’entrée de ces catégories sociales dans les contestations et les mouvements sociaux.

Il me semble, dans le cas de notre pays, qu’il y a quatre causes principales à prendre en compte pour expliquer l’inertie des élites, plus loin celle de larges pans de la société et de manière générale le retard du mouvement social. Il y a en premier lieu le poids de l’histoire plus particulièrement coloniale, celle de la guerre d’indépendance et leurs effets, il y a en deuxième lieu la question de l’éducation et de l’enseignement et de ce qui s’y est défini durant les dernières décennies comme socialisations et intériorisation de modes de pensée, de travailler et d’agir, il y a également les caractéristiques du mouvement associatif et enfin intimement liée à ces dimensions la question des élites et de leur rôle.

S’agissant de l’histoire, la violence de la colonisation et celle en retour de la guerre de Libération nationale ont durablement configuré des relations sociales de type vertical, de type autoritaire qui n’ont pas permis la constitution d’un champ politique moderne, d’un espace de reconnaissance d’intérêts différents, de prise en compte de la différence, du conflit et de la nécessité de la construction du compromis. Les questions politiques se règlent toujours dans le rapport de forces, où celui qui détient le fusil a le premier et le dernier mot. En ce qui concerne le système d’enseignement et l’éducation, on peut observer qu’à l’opposé de pays comme le Maroc, la Tunisie et l’Egypte qui ont connu assez tôt le développement d’un haut enseignement supérieur privé ou semi-public ouvert sur l’international, offrant aux enfants des classes moyennes et des catégories supérieures des classes populaires, une alternative à la fois à l’enseignement public massifié et asphyxié et à la formation à l’étranger de plus en plus verrouillée, l’Algérie entrait tardivement, de manière timide et velléitaire, dans les contournements d’une université en voie de désinstitutionnalisation, alors que la Libye restait fermée à toute réforme et interrelation avec les universités du Nord méditerranéen.

Outre le délitement d’une université, où par exemple les directions sont là pour une grande part depuis une double décennie, fonctionnant comme autant de fiefs ou de zaouïas avec en moins le charisme, la mise en place d’un système de grandes écoles ces deux dernières années en Algérie, outre son caractère tardif, tâtonnant, bureaucratique, fait d’allers-retours, reproduisant les mêmes logiques de clientélisme et de référenciations exclusivistes, n’a pas permis l’affirmation d’élites jeunes conscientes, enracinées et de leur temps, manifestant au-delà de l’efficience de leurs formations, de nouvelles façons, de participation sociale et politique.

 

- Les jeunes Algériens sont censés être assez dynamiques. Pourquoi ne sont-ils pas majoritairement dans les luttes ?
Ce sont souvent les minorités agissantes qui montrent la voie. Et l’on peut sans doute admettre que dans les cas égyptien, marocain et tunisien, la jeunesse n’est sans doute pas aussi homogène comme en ont  rendu compte nombre de médias. En effet une large partie de celle-ci – celle qui a constitué la base du mouvement social sur la place Tahrir en Egypte, ou celle qui s’est engagée dans les manifestations du Mouvement du 20 février au Maroc ou même celle  des jeunes blogueurs tunisiens – est également issue du processus de massification de l’enseignement et, subséquemment, de l’inflation de diplômés qui viennent grossir les cohortes de chômeurs, les minorités actives, les avant-gardes de ces mouvements sont par contre, elles, le produit des dernières transformations aussi bien dans l’enseignement supérieur que dans le monde associatif plus en connexion sur les dernières années avec les «diasporas» et  l’international.

S’inscrivant dans la rupture avec des modes de contestation et d’affirmation politiques «classiques», dont le mouvement Kifaya ou celui des blogueurs tunisiens et marocains ont été un anticipateur, ces jeunes mobilisant les moyens modernes de communication, en grande partie déliés des appartenances politiques, plus pragmatiques, développant de multiples modalités nouvelles de contestation plus proches des demandes sociales du bas, regardent vers le local, le quartier, la région, le pays et apparaissent plus décentrés, distanciés, des questions de géopolitique mondiale et d’orientations idéologiques qui ont animé les mobilisations de leurs aînés.

Dans le cas algérien, les caractéristiques du système d’enseignement, plus autocentré, fermé sur l’international et les langues pendant les décennies de violence (aucun enseignement ni centre de recherches sur les aires culturelles d’Afrique, Amérique latine, Asie, Europe, pas ou peu de centres de recherches sur l’éducation, la pédagogie, la ville, l’habitat, l’immigration etc.), éclaté du point de vue des pédagogies et des parcours, hybride du point de vue des curriculums, absurde du point de vue des équivalences, déconnecté du point de vue des rapports au système socioéconomique, lui-même atone ou en éternelle restructuration, contrôlé à travers des gestionnaires scooptés et des organisations syndicales estudiantines instrumentalisées, éclairent les blocages du processus d’affirmation politique des jeunes Algériens et le fait que ceux-ci sont les plus en retard, à l’échelle des pays qui sont entrés en contestation, du point de vue de l’accès aux moyens modernes d’échanges et de diffusion et d’ouverture sur les débats de l’heure.

Ce n’est donc pas un hasard si l’accès à l’internet piétine et que le taux de pénétration sur le réseau «facebook» de l’Algérie, même s’il est en nette progression sur les deux dernières années, est loin derrière ceux du Maroc et de la Tunisie. Le dynamisme du Mouvement du 20 février au Maroc s’explique en grande partie par le développement du réseau facebook, porté par ces jeunes issus de ces nouvelles institutions. Ce mouvement est arrivé à mobiliser sur plus d’une trentaine de villes au Maroc, le même jour, des milliers de manifestants à travers facebook. De la même façon en Egypte, ce sont les enfants des classes moyennes formés dans les universités privées et semi-publiques et à l’international qui sont en pointe dans le mouvement social.

En Egypte, sans en faire la variable déterminante (les modes d’appropriations et d’usages des moyens modernes de communication sont toujours indexés socialement), on peut observer que les moyens modernes de communication ont en effet joué un rôle important dans les mobilisations. Les blogueurs, comme Tamer Mabrouk, Wael Abbas «Affendi», les réseaux sociaux, comme «Nous sommes tous Khaled Saïd», ont sans doute anticipé, conscientisé, participé et nourri la contestation.

De plus, la jeunesse diplômée sans emploi, issue des classes moyennes inférieures et des classes populaires, apparaît plus mobilisée dans les pays comme le Maroc, la Tunisie ou l’Egypte, qu’en Algérie. Le mouvement des diplômés chômeurs est plus ancien, plus organisé, plus actif au Maroc. Il est fortement présent en Egypte et en Tunisie, où il avait commencé à s’affirmer, ces dernières années, surtout localement dans certains gouvernorats de l’intérieur. Si les jeunes diplômés algériens sont confrontés aux mêmes problèmes d’insertion sur le marché du travail, ils se sont organisés tardivement dans un mouvement de diplômés chômeurs actif plus localement et affrontent les obstacles de manière divisée et sans soutien des élites et des partis.

Inscrits dans des universités anomiques, soumis à des contrôles d’organisations syndicales estudiantines, clientélistes et inféodées aux partis du pouvoir, confrontés à des problèmes de vie universitaire, voire de vie tout court, difficiles, subissant des formations tronquées (à ce jour beaucoup d’universités n’ont pas démarré les enseignements !! Ne parlons pas des magisters et des masters ou par le fait de la translation de la sélection les «embouteillages» au recrutement se règlent de manière opaque) développées sur la base de pédagogies et de contenus obsolètes, retraditionnalisés, les jeunes étudiants algériens, «le nez sur le guidon» de leur vie au quotidien, ne sont pas entrés dans les luttes sur une base de contestation générale du cadre politique au fondement de leur marginalisation et exclusion des champs socioéconomiques et politique et qui phagocyte leur affirmation comme individus responsables.

 

- Les luttes estudiantines des années 1960 et 1980 semblent être d’un autre temps…
On est là dans une rupture générationnelle. Par opposition aux étudiants dont les manifestations se sont développées sur une base politique organisée tout au long des décennies 1960/80, où les mots d’ordre visaient à changer la société, ceux qui occupent le devant de la scène oscillent entre l’inertie, le rêve d’un ailleurs sublimé, ou la réaction violente corporatiste, celle de vouloir tout de tout de suite. Si la tendance générale est bien celle d’une jeunesse en désarroi, voire désespérée, on observe  autant l’espace public que les réseaux sociaux se conjuguent pour révéler de nouvelles formes d’expression qui sont en rupture avec la communication traditionnelle et témoignent de plus en plus de processus d’individuation en cours. On peut en trouver l’expression dans les exemples des non-jeûneurs, ou celui du baiser public, en réaction aux interdits et fatwas des traditionnalistes et fondamentalistes, ou l’émergence de nouveaux sujets relatifs à la sphère intime, de la sexualité  ( exemple page facebook de ZAK homosexuels algériens, ou gay-pride virtuelle au Maghreb, ou le phénomène de Harlem Shake en Egypte). Emerge aussi à travers ces actions la remise en cause du rapport à l’autorité dont a pâti le jeune bloggeur de Tlemcen.

 

- Les liens entre élite intellectuelle et société sont-ils, dans le cas algérien, étroits ou rompus ?
En Algérie, un syndicalisme d’Etat inféodé, des syndicats autonomes fragiles, divisés et corporatistes ne posant pas là aussi leurs revendications dans le cadre de questionnements sur les fins et les fonctions ultimes de leurs institutions, la faiblesse des structures associatives d’intermédiation, font que les fractures sont plus nettes entre base et intelligentsias commises et instrumentalisées et que la jonction entre les différentes contestations ne s’est pas faite et n’a pas permis l’émergence d’un leardership reconnu.

Les contestations apparaissent, de ce fait, éclatées, débridées et sans autre objectif que corporatistes ou d’intérêts matériels catégoriels immédiats. La question des modes d’articulation de ces contestations de base, jeunes et  exclus  avec les catégories qui peuvent en coalescence leur donner sens et les faire passer à un niveau qualitatif est en effet au cœur des conditions du changement face à un système autiste et sûr de lui.

La transmutation du local au national s’est faite en Tunisie et en Egypte par la jonction avec les intelligentsias et les laissés-pour- compte des Etats en crise en lien avec des luttes qui ne sont nouvelles que pour certains médias. Le comparatisme avec les pays voisins montre très vite que les émeutes et mouvements sociaux anticipateurs des ruptures de l’hiver 2011 ont été plus prégnants localement et relativement encadrés par des avant-gardes plus politisées comme ATTAC Maroc à Sidi Ifni et une direction ouvrière à Rdeyef. En Tunisie, la contestation s’est développée, sinon en lien, du moins sur la base d’un mouvement syndical bien enraciné localement et non complètement délégitimé. Au Maroc, l’émergence de coordinations syndicales sous l’effet de l’influence du mouvement associatif en lien avec l’immigration n’a pas complètement coupé les contestations de base de certaines intelligentsias ouvrières ou intellectuelles. En Egypte, des grèves ouvrières peu médiatisées ont également anticipé les ruptures.

 

- C’est donc le mouvement associatif qui n’a pas su jouer un rôle de substitution ou pallier à l’absence de l’élite…
Là aussi, me semble-t-il, l’Algérie est en décalage. En effet, les contestations et les mouvements sociaux, en creux dans un mouvement associatif effervescent, se sont développés dans les «pays arabes», en partie articulés à un mouvement associatif déjà là et qui s’affirmait davantage.

C’est dans les pays où le mouvement associatif était sinon le plus dynamique, du moins le plus présent, que les contestations ont trouvé des appuis. Ces appuis ont permis le développement des réseaux sociaux et ont été d’autant plus efficaces qu’ils avaient des liens avec l’international qui, tout en leur permettant une plus grande professionnalisation, leur a permis une plus grande autonomisation.

De ce point de vue, l’Algérie apparaît très en retard sur le Maroc ou l’Egypte par exemple. La dimension du lien international avec des ONG diasporiques ou internationales, institutionnelles ou non, a participé d’une pédagogie de l’apprentissage démocratique, par ce qu’il offrait comme pluralités de points de vue et d’actions et comme intérêt aux demandes sociales les plus exigeantes. En cela, il a permis dans ces pays (Maroc, Egypte – le cas tunisien étant quelque peu spécifique, ce rôle a plus été rempli par la base syndicale et quelques associations de classes moyennes de plaidoyer) l’intériorisation d’un rapport de force pacifique dans les luttes sociales et politiques.

Dans le cas de l’Algérie, nombre d’associations se sont construites au bout de la double décennie, comme espaces de légitimité pour des notabilités qui cherchaient l’intégration à l’Etat. Et de fait, une fracture de plus en plus évidente a tendu à séparer élites associatives et catégories sociales jeunes et populaires, qui de plus en plus s’inscrivaient dans la contestation et l’émeute faute d’espaces et de réseaux d’expression. Ne sont restées présentes sur le terrain que les associations les plus proches des catégories les plus démunies, les associations «islamiques» déclarées ou non en tant que telles, mais aussi les associations «identitaires», et certaines associations de femmes, qui sont les plus présentes et actives.

La fermeture programmée, à travers la nouvelle loi dite de réforme des associations, procède là aussi d’un verrouillage qui ne laisse place, faute d’espaces d’expression autonomes, qu’à des revendications corporatistes, locales, réactives qui prennent de plus en plus des formes violentes. La nature ayant horreur du vide, l’absence d’intermédiations crédibles et actives ouvre ainsi la voie à toutes les aventures.

 

- En Algérie, sommes-nous dans une situation de «trahison des clercs» ?
La faiblesse des engagements et de l’influence des élites sur les luttes procède, comme je l’ai dit par ailleurs, de causes et raisons socio-historiques, anthropologiques et politiques spécifiques. A des caractéristiques prégnantes : soumission des intellectuels au noyau plébéien dans le mouvement national, anti-intellectualisme incrusté et dévastateur dans ses effets, fractures linguistiques et de formation qui se doublent de fractures entre intellectuels en diasporas et intellectuels locaux, se surajoute l’effet de situation de rente. La rente a tendu en effet a inversé les hiérarchies et à élargir la corruption.

L’entrisme et le soutien critique, par une large partie des intellectuels de la génération qui a accompagné le national-développementalisme et son échec, d’un pouvoir sans vision stratégique du devenir du pays, prédateur et attaché à son seul intérêt de reproduction clanique, ont durablement disqualifié ces élites aux yeux des classes populaires.

Ainsi est mise en avant par ces thuriféraires du régime, à chaque fois que se posent dans le conflit des questions sociales nées des contradictions du système social et politique, dans la continuité de leurs vieux combats «anti-impérialistes» des années 1960, l’ancienne théorie du complot contre le pays. A travers des objectifs plus affirmés que réalisés, (qui n’arrivent pas souvent à dissimuler des intérêts rentiers) de consolidation de l’Etat-nation, est justifié un statu quo mortifère qui est a contrario la garantie de l’implosion inéluctable de celui-ci. Sans doute les Etats ont-ils des intérêts et les puissances le leur, sans doute que l’Algérie n’est pas en retrait d’enjeux régionaux et internationaux. Mais inférer de ces intérêts qui sont une donnée historique et socio-politique incontournable pour délégitimer la lutte de jeunes Algériens manifestant pour travailler et vivre décemment, c’est focaliser sur le doigt quand le sage montre la lune. Ne peut-on à l’inverse penser que c’est la fossilisation du pays, sa marginalisation durable des transformations qui sont en train de construire l’avenir du monde, qui répondent le mieux aux intérêts d’Etats qui visent à contrôler et à dominer leurs périphéries toujours soumises. L’Algérie, figée, voire rétropédalant dans beaucoup de secteurs, est en train de sortir de la dynamique de l’histoire des sociétés qui avancent.

Sans doute y a-t-il des exceptions et certains intellectuels sont-ils lucides sur les dérives du système politique, sur les pesanteurs de la société, lourdes d’implosion, mais leur voix est ténue et quasi inaudible par un  pouvoir autiste et une société éreintée. Cependant, je répondrais oui à votre question et je dirais qu’une large partie des intelligentsias et des élites s’est alignée et qu’elle a lié ses intérêts spécifiques au système autoritaire et prébendier et pour certains au pouvoir du moment. Nous sommes loin de l’engagement d’une génération d’intellectuels dont le représentant le plus emblématique fut la vigie, Kateb Yacine. Il n’y a plus d’ailleurs  d’équivalents en autorité de la signature parce qu’il n’y a presque plus de productions intellectuelles majeures. Pour signer, compter et être entendu, faut-il encore produire des œuvres et du sens. Les engagements face aux atteintes aux libertés, face à l’ethnicisation des rapports sociaux, au retour des communautarismes, face à une corruption qui gangrène le corps social, n’ont  de ce point de vue pas le même écho et la même force, portés par les seuls militants isolés des causes des droits de l’homme.

Si les intellectuels et intelligentsias, et vous avez compris que je parlais ici des intellectuels de gauche, ont leur part de responsabilité dans l’impasse du pays, les intelligentsias, de la mouvance islamiste, produits d’une arabisation à la hussarde, qui leur ont succédé ou les concurrencent, ceux qui occupent le devant de la scène autant médiatique que politique fonctionnent sans doute dans des systèmes de référenciation opposés, mais avec les mêmes démarches, les mêmes schèmes de pensée, les mêmes stéréotypes. Ils portent les mêmes stigmates et ont les mêmes limites. Ils s’inscrivent, pour une large part d’entre eux, dans la continuité de l’idéologie populiste qu’ils déclinent sous des formes nouvelles.

 

- Si certains ont choisi le confort de la compromission, on peut accorder,  à une grande partie des intellectuels algériens, l’excuse d’avoir été poussés à l’exil extérieur, mais aussi intérieur en subissant la dure réalité de la marginalisation de l’intelligence. Quelle est votre lecture ?
C’est une large partie du peuple algérien qui vit en situation d’exil intérieur et certaines catégories de l’élite, sans doute de manière plus aiguë, marginalisées, isolées, confrontées aux passe-droits, à la bureaucratie et à l’incompétence de gestionnaires cooptés sur une base clientéliste (ainsi aucun recrutement, aucune nomination ne se fait par appels d’offres ou sélection transparente), elles n’en continuent pas moins de travailler et à chercher des échappatoires aux situations ubuesques notamment à travers des connexions avec l’international.
De l’autre côté les intellectuels qui ont émigré, forcés pour une grande part ou pour trouver de nouvelles voies de réalisation d’eux-mêmes, restent également  stigmatisés et ceci en dépit de ce qui est souvent affirmé par le pouvoir politique, en dépit des textes législatifs jamais appliqués et des réunions incantatoires qui affirment leur ouvrir les bras pour contribuer au développement du pays. De fait jusqu’à présent et le dernier discours de Sellal – électoraliste ? – ne changera pas grand-chose dans les conditions où il est relancé. Les tentatives d’établir des passerelles entre le pays et ses diasporas, vieux vœux pieux, se sont avérées velléitaires et clientélistes  rencontrant dans leur mise en œuvre, les résistances d’intelligentsias et de bureaucrates établis, rentiers.

Il y a une ambivalence du discours politique à l’égard de l’immigration, souvent paternaliste et qui n’arrive pas à dissimuler une critique agacée: on reproche aux émigrés de ne pas contribuer à l’équilibre de la balance des paiements ; et dans le même temps on revendique cette immigration en dénonçant le sort qui lui serait fait par les sociétés d’accueil. On reproche aux intellectuels et aux scientifiques notamment francophones – ceux stigmatisés comme hizb frança – leur éternel attachement à la France, ou leur lâchage et cependant on est fiers de leurs compétences et on revendique leur participation au développement du pays. On stigmatise les footballeurs professionnels en Europe pour leur absence de patriotisme quand ils se font battre, et on s’en remet à eux dans les phases difficiles ; il en est ainsi des artistes, des entrepreneurs, voire de toutes les catégories sociales expatriées

De manière générale, derrière les reproches adressés aux émigrés, il y a un discours qui étiquette  au nom d’un «nationalisme» exclusiviste, soumis à des catégories qui opposent le «national» au «non-national», où l’émigré, notamment l’intellectuel francophone, apparaît d’une certaine manière comme le «colonisé de la dernière heure».

Cette ambivalence s’inscrit dans le refus du processus d’autonomisation de l’immigration, où la société locale, le pays, devient en porte-à-faux par rapport à une immigration qui en s’émancipant montre une autre voie de réalisation de soi, déliée des appartenances communautaires. Et c’est bien en effet, parce que l’immigration intellectuelle est la plus loin dans ce processus d’autonomisation, dans la mesure où la décision d’expatriation s’exprime de plus en plus comme une rupture politique, qu’elle apparaît comme le lieu nodal où se manifeste aujourd’hui avec le plus de virulence le conflit de la société et de la classe politique avec son intelligentsia en immigration. Le pouvoir souhaite reprendre la main sur une immigration déclarée «communauté nationale à l’étranger» alors que celle-ci s’est diversifiée et s’est inscrite depuis la rupture d’Octobre 1988 dans un processus d’autonomisation marqué par l’émergence des jeunes générations dans le combat pour une citoyenneté active sur les deux bords de la Méditerranée.

L’Algérie est le pays de l’aire culturelle où les fractures intellectuelles sont les plus marquées et les plus lourdes de conséquences. La première fracture, sinon la plus importante, est celle linguistique et culturelle. Elle est également générationnelle. Tout se passe comme si la problématique, le cadre intellectuel et politique, les référents qui manifestent les termes du débat de l’heure fonctionnent pour nombre d’intellectuels locaux dans la défense d’un pouvoir délégitimé au nom de la consolidation de l’Etat-nation, lors même que la question centrale est celle de l’affirmation d’une citoyenneté active.

Dans un contexte de transnationalisation des circulations, pratiques et actions, de déterritorialisation des engagements intellectuels, la conception de l’Etat-nation comme cadre fermé, l’adéquation entre Etat-nation et société éclatent. La question du retour des scientifiques – plutôt allers-retours – et de l’intéressement au développement, du brain gain plutôt que du brain drain (gain de compétences plutôt que fuite des cerveaux) dans un contexte d’affirmation de certains secteurs économiques des pays émergents, a mis l’accent sur le rôle joué par les diasporas, notamment chinoises, indiennes ou latino-américaines, en Europe ou aux Etats-Unis. Il est urgent que l’Algérie, outre qu’elle réforme, adapte son système d’enseignement dans ses différents ordres, qu’elle accompagne sinon l’établissement de passerelles entre diasporas et société locale, du moins qu’elle n’en bloque pas la dynamique qui est engagée par le bas. Nous sommes les plus en retard en matière d’ouverture de l’enseignement supérieur sur les échanges internationaux, de co-diplômations, de développement de nouveaux enseignements adaptés aux besoins locaux, régionaux et partagés en ligne, d’interrelations de chercheurs et de laboratoires de recherches. 

 

* Source : site www.socialbakers.

Nadjia Bouaricha

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