24-05-2022

DEMOCRATIE ET INDEPENDANCE

TOURIA M’A DIT QU’IL Y A TROP DE POLITIQUE, JE LUI AI REPONDU QUE C’EST UNE POLITIQUE SANS COEUR NI COLONNE VERTEBRALE.

 

EN hommage à feu Mohamed Hajjam

Le sujet des élections commençait à préoccuper les esprits des initiés . Mais pour la majorité ce n’était qu’un nouveau sinistre se profilant dans l’horizon. Depuis presque une décennie  , le makhzen semblait être en guerre ouverte contre cette majorité paisible  qui recevait en continu des claques et les gifles.

C’était juste la période qui  séparait les marocains  de la dissolution du parlement et de la promulgation de l’état d’exception .Des élections dont SI Mohamed ne gardait qu’un souvenir évanescent : des tricots , des bols et des balles jaunes . Son père avait risqué y laisser sa peau sans dire mot depuis lors. Il y eut par la suite des prolongements qui avaient traversé des années et dont SI Mohamed, comme la plupart des mellalis, a pu retenir quelques détails . Il s’agissait notamment du préjudice moral et matériel subi par les Hajjam soumis à un dur boycottage, voire un embargo. Etre   partisan du parti de la Démocratie fut une vraie insulte , SI Mohamed avait vécu cette vile réalité même  quand elle avait perdu un peu de  l’ intensité de sa méchanceté.

L’oncle adoptait un point de vue pro démocrate , car lui-même était membre de ce parti. La recomposition de l’histoire de ce parti faisait souvent l’essentiel des discutions à la maison . Les trois tentaient tout le temps de reconstituer les faits avant même la fin du protectorat .  Ils essayaient de prendre leur distance et construire la logique des évènements    mais ils finissaient toujours par se brouiller surtout quand le père s’emportait contre tous les partis .

Ils ne voulaient pas  peut être  expliquer à   SI Mohamed   ou à son frère ainé  Ahmed ce qui s’était passé,  il était évident qu’eux même  n’avaient rien compris.

Cette tension immanente et ce sentiment répugnant à l’égard de la politique résultaient   normalement de ce qui était supposé être une discussion politique déterminée par les conditions de vie difficiles de la famille , Si Mohamed avait pu comprendre que sa famille , les Hajjams était pratiquement la famille la plus ancienne et la plus riche du quartier mais son péché capital était d’avoir mis sa maison à la disposition du candidat du parti Démocrate.  A force d’entendre les mêmes détails qui se répétaient dans les discussions ,SI Mohammed était capable, comme beaucoup de mellalis , de reconstruire toutes les phases de ces   élections .Il savait comment la maison des Hajjams fut transformée en quartier général du parti de la Démocratie dont le leader s’était porté candidat aux élections parlementaire . Il avait même entendu beaucoup des soi-disant indépendantistes qui parlaient souvent des tas de pierres jetées sur cette maison et des violentes attaques menées à l’encontre des Démocrates qualifiés en ces graves moments de  juifs . Quand nous avons grandi et nous avons eu le désir d’écouter ces détails , l’ oncle semblait incapable de nous fournir des informations exactes et fiables sur ces élections, il confondait les événements , les dates et les personnes .

Personnellement j’ai pu comprendre que Le leader du parti de l’Indépendance détestait celui de la Démocratie depuis les années trente. Excusez-moi si je ne suis pas neutre, je ne fais que narrer ce que j’imagine être vrai .

Pour le liquider politiquement et le discrétiser, il le suivait partout et faisait les mains et les  pieds pour l’empêcher d’arriver au parlement . Le candidat présenté par le parti de l’Indépendance et celui de la Démocratie étaient du même clan familial. Le premier était fils du gouverneur général de la région  depuis les années trente tandis que le second était le premier étudiant marocain en  sciences politiques et juridiques en Europe , il voulut servir la cause de la patrie en cofondant avec son congénère devenu après le leader du parti de l’Indépendance le premier parti politique marocain qui revendiquait les réformes et la liberté de la patrie .

Vers le milieu des années trente, les deux leaders se séparèrent et chacun fonda son propre partie .Mais ce dualisme qui aurait été le fondement d’une éventuelle pluralité nécessaire à la construction et au fonctionnement de la démocratie fut refusé par la majorité écrasante des leaders du parti de l’Indépendance

Pour le tenir en échec  , le leader de l’Indépendance divisa le clan familial . Il s’installa loin de la capitale   pour diriger la campagne électorale nationale de son partie . Il élit domicile chez le candidat de son parti à qui il offrit une carte de résistant et un casier politique vierge…La présence physique du président du parti de l’Indépendance , la force politique partisane et la grande richesse du candidat avaient donné du fil à retordre au leader démocratique et à ses supporters.

Bien que tout le monde savait que ce leader avait commencé sa lutte contre la colonisation depuis les années vingt, qu’il fut exilé et incarcéré plusieurs fois , qu’il ait eu chapeauté des cellules secrètes de résistants, qu’il ne jurât,  depuis toujours, que par la Démocratie libérale à l’anglaise , l’ engagement politique de la majorité des marocains dans le parti de l’Indépendance était infaillible , voire sacré car il a été scellé par un serment prêté sur le coran, Les Indépendantistes de l’époque étaient forts , redoutables et impitoyables . Les mellalis , le lendemain de l’indépendance , avaient fait les frais de la Démocratie  , ils avaient avalé la coupe de l’amertume jusqu’à la lie .Un premier carnage eut lieu au Maroc lors des festivités officielles organisées en coopération et en coordinations avec les cadres des deux partis rivaux . Ce fut une embuscade pour liquider les Démocrates venus alors de toutes les villes du Maroc. Beaucoup de familles eurent perdu leurs enfants et l’action politique fut devenue pour elle l’expression de la trahison , de la haine et du meurtre . Le paradoxe que nous avons pu cerner quand nous étions en mesure de comprendre était facilement déduit de l’analyser des choses, il était l’expression d’une ironie du sort qui eut obligé le leader de la Démocratie de contourner les exactions du parti Indépendantiste en joignant un front politique crée par l’Etat tandis que le candidat de l’Indépendance , fils du célèbre bourreau et collaborateur de la ville parrainé par le chef du parti en personne se fut hissé en militant de l’opposition. Les cartes furent brouillées. Le père de Si Mohammed se résigna davantage et maudit plus que jamais la politique, l’ignorance et l’hypocrisie.

Quand Si Mohamed voulut s’engager politiquement, ni les Indépendantistes ni les démocrates , qui étaient très rares, ne l’attirèrent.

 

Publié par TAHRI dans Non classé | RSS 2.0

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