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16-06-2012

Le panier et le parti les débuts des années soixante-dix: la soif l’errance

Le panier et le parti  les débuts des années soixante-dix: la soif  l'errance dans CREATION LITTERAIRE ROMAN 012

 

 

C’était l’été, l’oisiveté et la chaleur nous asphyxiaient. La crise de l’eau à Zaytouna était à son apogée. Elle prenait des dimensions fantastiques. Que de misère ! Des objets hétéroclites s’enchaînaient   le long d’une file de plus d’un kilomètre devant les trombes d’eau publiques. Des récipients sans fond, des morceaux de fer et de bois, des pierres, des chaises estropiées, des paires de bottes  abîmées . . . Tout pourrait servir de témoin et de garde position dans  la file. C’était normal car, l’eau n’arrivait que vers cinq heures du matin et s’en allait une heure après. Il était impossible de rester devant la trombe pendant cette longue absence. Egalement, on ne pouvait pas mettre dans la file un objet qui avait une valeur quelconque. L’eau et rien que l’eau occupait les discussions aussi bien des habitants que des visiteurs. Une réputation pour Zaytouna assoiffée et enragée par la chaleur torride.

Nous étions des enfants égarés, hors toutes les lois et tous les enjeux. La piscine municipale était fermée ; aller dans les villes côtières était un luxe que nos familles ne pouvaient guère se permettre.

Ramdane Ben Chaabane et tous les autres, ceux qu’une enfance implacable réunissait, étaient tous là : Farid et Idris qui s’engagèrent  dans l’armée puis  s’affolaient. Sidi Lahsen perdait également la raison. Les trois continuent à vivre ensemble comme à l’époque de l’enfance. Mohammadi, le fonctionnaire municipal, subit toujours les sévices de la drogue ; il fume encore   des joints. Comme d’ailleurs Moumen qui mène tant bien que mal l’entreprise familiale et consomme sans arrêt le kif. Chou en Lai, le sage qui bosse tout le temps et partout comme un nègre. AbdelJalil, qui rata ses études malgré les efforts de son père, gère maintenant une librairie au quartier et représente l’intégrisme quoiqu’il n’ait pu, jusqu’à maintenant, recruter aucun voisin. Bouchta Alkhammar, le chef suprême des gosses, le seul illettré du groupe qui a pu acquérir une bonne situation en pleine capitale. Les jumeaux Hauzi qui bricolent pour survivre après la mort prématurée de leurs parents. Les frères Fridi qui fréquentaient le groupe de temps en temps car ils craignaient trop leur père.

Un groupe qui déviait à l’insu des parents absorbés par les tracasseries et les déceptions du quotidien. Nous avions en commun une large liberté d’action, nous étions des laissés pour compte. Personne ne s’intéressait à ce que nous faisions. Un seul esprit, morose et borné, régnait parmi nous, malgré l’obéissance que nous devions à nos parents.

Seul Ramdane était libre et ne craignait point ses parents. Une famille vraiment libérale.

Bouchta Al Khammar, le plus malin d’entre nous, n’était pas entré à l’école car son père avait oublié de l’enregistrer dans le livret de l’état civil. On disait dans le quartier que son père était complètement absorbé par les luttes politiques de l’époque. Quand il se rendit compte de son oubli; il était trop tard. Il devait engager un procès contre lui-même. Une procédure lente et une réelle peur de l’Administration car il était en quelque sorte membre d’un parti minoritaire qui s’opposait à celui qui dominait au lendemain de l’Indépendance. Un enfant légitime mais non enregistré dans le livret de l’état civil. C’était ainsi que cet enfant audacieux et malin perdait son droit à la scolarisation. C’était lui qui prit l’initiative de nous montrer pour la première fois le sperme. Il était le premier qui commença à se masturber jusqu’à l’éjaculation devant nous et devant tous ceux qui étaient ce soir là au bain maure. Tous les gosses mirent alors leurs doigts dans cette matière pour voir ce que c’était. Les uns la trouvèrent comme le lait Nestlé, d’autres comme de la glue.

 

Un soir, nous étions rassemblés dans notre coin habituel au quartier sous les mûriers en train de contempler les passants et de discuter football et cinéma quand Bouchta vint nous voir. En fait, il vint chez lui car leur maison se trouvait à l’extrémité de la ruelle qui débouchait sur la grande place. Il travaillait dans un restaurant. Il nous parla alors du coup du jour ; il avait vendu un dîner aux touristes pour un prix quadruplé. Puis, il défia quiconque d’avoir vu le match de la veille qui opposa le Royaume au Pérou. Une provocation qu’il ajouta sciemment   à notre tristesse pour la lourde défaite de notre équipe et pour notre privation car nous n’avions ni le droit ni l’audace d’aller au café voir un match de foot à trois heures du matin. Il nous parla en détail de ce match et nous décrivit tous les moments forts. Puis, il nous révéla que, la veille, sa famille était absente et qu’il avait la possibilité de voir le match sans dérangement. Nous lui reprochâmes naïvement le fait de ne nous avoir pas invités. Il répondit qu’il n’était pas seul et qu’il y avait avec lui Ramdane. Ils dînèrent et regardèrent ensemble la rencontre. Mais Ramdane l’aurait payé. Le prix serait son cul. Bouchta  aurait eut l’occasion d’en goûter les délices. On lui demanda   par malice et par curiosité s’il lui avait mis du sperme dedans, il confirma.

Ce fut là un événement majeur dans le quartier. Il faillit nous faire oublier la coupe du monde. Ramdane Ben Chaabane devrait alors se sacrifier. Il n’était plus vierge. Il faut que tout le monde en profite pour effiler sa petite verge. C’était la loi d’une époque   où dans une ville comme Zaytouna régnait une sorte de conservatisme hypocrite, les fantasmes sexuels des hommes étaient surtout projetés sur les autres hommes. Une homosexualité généralisée à peine camouflée, approuvée et admirée   dans tous les cercles de la vieille ville. Seulement, il ne fallait pas en être objet. Les petits devaient imiter les grands, on devait croire aux mêmes valeurs. Pour prouver que nous étions   grands, nous devions parler de la beauté masculine et mettre en pratique, quand l’occasion s’offrait, des ardeurs souvent singées. C’est peut -être ce qui expliquait le célibat et l’échec des mariages de beaucoup de zaytounis.

Seulement Bouchta n’avait pas de crédibilité auprès de nous. C’est vrai, on le craignait mais on ne le prenait jamais au sérieux. Il était un vantard, un égoïste et surtout un complexé pour n’avoir pas connu l’école. Il essayait toujours de nous éloigner des  discussions relatives à l’école.

L’école pour nous était un grand fardeau. Elle n’avait d’importance que dans la mesure où il nous procurait de gais sujets de discussion; de bravoure ou de bouffonnerie. Que l’un d’entre nous soit choisi pour jouer un rôle dans une pièce théâtrale ou appelé à faire partie de l’équipe de football était pour nous une source de joie immense et un sujet de débat interminable. Un intérêt porté occasionnellement sur nous par quiconque était considéré comme étant étrange. Car pareil acte à notre égard était rare puisque nous étions par la force des choses des sauvages et des marginaux. Quand Mohammadi fut choisi par son maître pour jouer le rôle du loup dans la fable de la Fontaine, nous avions essayé pendant longtemps de comprendre les raisons de ce choix. Car nous éprouvions toujours une mauvaise foi surtout devant les bons gestes. Rien n’était innocent dans nos yeux de petits dépravés. Malgré tout, nous considérâmes que ce geste n’était pas honorable pour nous qui détestions l’école et les maîtres.

Pourtant, et c’était peut-être pour la première fois, nous nous débarrassâmes de notre suspicion et notre mauvaise foi pour se poser la question sur la signification de la fable et sur l’existence ou non d’animaux parlants. Hamid, le fils du boulanger nous apporta même « Les Fables » de la Fontaine et nous lit d’autres morceaux. Tous les gosses sous-estimèrent ce geste et accusèrent Hamid d’être obsédé d’école, de lâche et de quelqu’un qui voulait se distinguer de nous. Nous détestions beaucoup l’école ; celui qui, d’entre nous arrivait à avoir de bons résultats, nous l’excluions définitivement du groupe. S’il voulait garder notre amitié, il devrait éviter de nous parler de l’école en général et des bons résultats en particulier. Cependant quand Sidi Lahsen fut désigné comme capitaine de l’équipe de foot de l’école ; nous avons réagi de manière positive et c’était là un motif de fierté pour tout le quartier, cet enfant devenait une petite star. Il acquit beaucoup d’estime auprès de tout le monde.

Il faut avouer que Mohammadi puis Sidi Lahsen étaient les précurseurs à la consommation de la drogue. Des débris du kif broyés et mélangés à du sucre puis cuits jusqu’à ce qu’ils deviennent compacts. Nous les achetions de chez les tailleurs de djellabas au cœur de la médina. Ces deux enfants étaient de fins connaisseurs de ce qu’on avalait. Dès que nous nous débarrassions de nos esprits, nous commencions à exécuter tout ce que ces vétérans nous dictaient. Ramasser des insectes, les mettre dans un récipient et les asperger d’urine puis les bouillir sur du feu. S’aligner, tenir son sexe dans sa main et entamer une masturbation collective. Voler les fruits des vergers, des poules près des maisons, des marchandises dans des boutiques. Faire les picoteries dans les halqas, piller à leur insu les paysans qui venaient s’approvisionner à Zaytouna.262741101502952982814214188931642094768792087593n dans CREATION LITTERAIRE ROMAN

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23-04-2012

LE PANIER ET LE PARTI LE PLUS SAGE DEs ZAYTOUNis AVAIT ELU DOMICILE AU CIMETRIERE

 

Chômeur le plus souvent, Ramdane passait toutes ses journées à se balader dans les ruelles et les champs de Zaytouna. Une liberté absolue qui lui permettait de découvrir la ville dans tous ses états.

Jadis,en sa compagnie, on s’amusait à provoquer de vieux commerçants qui avaient survécu au siècle passé. Ils occupaient le meilleur endroit de Zaytouna. Peu à peu l’âge puis la mort les avaient tous décimés.

Toutes leurs boutiques étaient des estrades qui s’élevaient presque à un mètre du niveau du sol. Une demi-porte battante suspendue au-dessus de leur tête servait aussi de paravent. Des portes robustes en chêne vert. Ils vendaient du goudron, du gaz lampant, de la menthe et du sucre transformé en gâteaux multicolores. Ils étaient éclairés au moyen de bec -à -gaz et de bougies.

 

Actuellement, on a nivelé ces échoppes et on y vend des bijoux en or. Ce sont les transformations principales qui ont affecté la principale artère de Zaytouna. Et c’est peut-être la seule amélioration apparente dans toute la ville.

 

Quand Ramdane eut conscience des décomptes de sa vie, il ne ressentait qu’un mince filet de lumière qui le reliait à ces lieux .

 

D’ailleurs, nous frôlions tous la déprime. Un amour platonique auquel il fallait nous soumettre malgré nous. Nous voulions vraiment consommer cet amour et perpétuer la vie et la ville. Mais, nous étions trop naïfs pour atteindre un but pareil. Nous assistions à l’épanouissement de la bêtise, de la traîtrise et de la répression parfaitement inséminée dans les cerveaux et les cœurs. Une traque à peine cachée qui nous contraignait à l’exil. Une menace pour notre existence, pour notre conscience imbibée de rêves et d’écume de lauriers roses.

 

Zaytouna cachait mal ses verrues et ses souffrances. Une amertume en jaillissait tout le temps et partout. Des espoirs avortés, des échos terribles et des masques abîmés tourbillonnaient une cité prise en otage par de paisibles citoyens métamorphosés en pirates.

L’amour et l’espoir s’enlaçaient et hurlaient, on les déracinait. Quelques lambeaux d’histoire étaient jetés dans le dépotoir qui occupait l’ancien parc public  règnant au centre -ville.  On était pris dans la spirale des destructeurs, des bâtisseurs du néant. Le paradis était devenu un amas de cendre et d’absurde. Des contours barbelés et brûlants.

Parfois, cette ville se restreignait au point de nous froisser les cœurs. Et nous fuyions. Nous devenions des feuilles mortes que le vent emportait de l’autre côté du cimetière.

 

Le plus raisonnable des zaytounis avait   élu domicile au cimetière

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21-03-2012

LES AMAZONES DE L’ENFER ET LE KADI DE ZAYTOUNA LE PANIER ET LE PARTI EP40

A Zaytouna, Ramdane vivait tant bien que mal en compagnie de ces femmes, des amazones de l’enfer.   Sakina planait parmi les constellations des étoiles tandis que Mahjouba rampait sur les crottes, plus qu’un souillon, un vrai urinoir au prix d’ une cigarette. Et Zbida, patronne d’un petit café restaurant était toujours maîtresse de sa raison ; elle discutait, analysait et espérait.

Entre la séduction éhontée de l’une et le jeu minutieux de stratégie de l’autre, Ramdane décryptait les misères et les bêtises de l’existence féminine sur cette terre. Ou plutôt dans ce pays où les guéguerres pour l’ascension et la chute battaient leur plein.

Zbida lisait correctement dans les idées de Ramdane et le priait de passer la voir de temps en temps. Sans fièvre de monter ni rêve de s’approprier ce monde, cette femme raidie par les vicissitudes du temps mais possédant toujours des traces de beauté et un corps bien bâti, solidarisait   inconditionnellement avec Ramdane. Elle disait avoir pratiqué par le passé la sorcellerie et l’ensorcellement, mais c’était un jeu maléfique et embêtant. Elle lui confiait qu’elle était discrètement l’initiatrice de Mahjouba et que cette dernière voulait aller jusqu’au bout du jeu de la magie, de la cruauté et de la passion. Elle se montrait heureuse d’éteindre de temps en temps les feux enflammant le corps de Ramdane. Celui ci était satisfait d’elle. Toujours prête à l’amuser en lui révélant les réalités cachées de Zaytouna. Des histoires rocambolesques qui aidaient Ramdane à se débarrasser des derniers souvenirs de Sakina qualifiée    de guêpe  dorée dont seuls les puissants   pouvaient déguster le miel.

Et puis le jeune homme accédait en compagnie de cette vieille routière au trône de Scherayar. Ils s’embarquaient volontairement   dans le train des délices et des récits interminables. Schehrazad jurait cette fois-ci de sauver le prince en lui offrant la géographie des reliefs empruntés aux diables et autres démons :

«   J’étais violée à l’âge de douze ans   dans la maison du kadi dont les fils t’avaient envoyé en prison. Ma mère était l’une de ses bonnes de qui il jouissait licitement. Elle vivait chez lui et ne s’était jamais mariée. Elle n’avait pas de famille. J’ai ouvert les yeux dans la grande maison. A douze ans, l’un de ses amis intimes, un grand notable qui se séparait de lui rarement me titillait. Chaque jour, il m’appelait et passait sa grosse main sur mon corps chétif. Quoiqu’elles ne dépassent guère le volume de deux olives, mes seins retenaient pendant longtemps sa main. Après, au su et au vu de tout le monde, il m’avait retenue pendant une longue durée et avait fini par me déchirer. Tout en poussant des youyous, ma mère pleurait à chaudes larmes. On m’avait transportée à l’hôpital, il demanda ma main de ma mère et de son ami le kadi, et je devais le subir comme mari. Il m’apportait des bonbons, du chocolat et me permettait même d’aller jouer avec les enfants. Le kadi me qualifiait de sale enfant, il me commandait de disparaître chaque fois qu’il me rencontrait. Puis le vieil ami mourut, et ma mère constata qu’il n’y avait pas d’acte de mariage me liant légalement à lui.

Certainement ; il est toujours en train de brûler en attendant le pire châtiment de l’enfer. Le kadi, non plus, n’échapperait pas aux supplices du Jour du Jugement dernier, n’est ce pas Ramdane ? »

Et Ramdane, pour exorciser les douloureuses destinées s’abattant sur lui et sur ses semblables, se mettait, surtout quand il s’enivrait, à parodier les grandes narrations du célèbre conteur de Zaytouna ;Ayyachi Marzoug:

« C’était toujours comme ça, dans les temps révolus, ceux qui viendront et ceux que nous vivons. Un homme au cachet de la mort sur le front, possédait l’argent, les chevaux, les terres, les esclaves…Il faisait le beau et le mauvais temps. Quand il parlait, les murs tremblaient, les fourmis gelaient et les feux s’allumaient dans les âmes et les esprits. Il écrasait indifféremment les serviteurs d’Allah et ceux du diable. Il se servait des vautours et mêmes des colombes, tout était entre ses mains ; le vent, le soleil et les pluies. Les chrétiens et les juifs le redoutaient ; il était brutal.

Chaque matin, il prononçait un discours que tous les Beni Zaytoune avaient appris par cœur, ils le répétaient avec lui en saluant le drapeau nasse. L’emblème du territoire était la nasse où pataugeait une tortue :

« Je suis votre kadi et votre maître. Intronisé sur vous non pas par ce que vous m’approuvez mais par ce que je suis capable de vous opprimer. Celui qui sera satisfait de mes jugements, je le rendrai riche, celui qui me désobéira, je le décapiterai et je  pendrai sa tête en haut de la Porte de la Peur. Il y a longtemps que j’ai lu dans le Livre du Malheur et j’ai appris que d’entre vous il y aura ceux que j’immolerai, ceux que je brûlerai vifs et d’autres que je dévorerai crus. Je suis le tisserand des cauchemars, l’éventreur des âmes. Je suis le maître des maîtres, j’ai étalé mes filets du paradis à l’enfer, vous y êtes tous et malgré vous. Gare à vous ! Je possède le feu et le sel. Obéissez à moi et je vous garantirai la sécurité et la paix. »

Puis Ramdane essayait de simuler la voix de Zbida qui répondrait au kadi :

« Maître, j’ai ouvert les yeux dans votre jardin. Vous avez le plein droit de faire de moi ce que vous voudrez. Une graine d’ortie verdoyante malgré son déracinement. Je vivrai plus que vous et j’entretiendrai toutes vos craintes cachées… »

 

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20-02-2012

CES ANNEES 70 OU LA GANGRENE DU MAROC ETAIT DEJA PUANTE . NOUS AVONS GRANDI MALGRE NOUS. LE parti et le panier

Vers l’après-midi, les élèves passaient entre eux un mot de passe secret pour se fixer un rendez-vous aux environs de la ville. Ramdane, qui ne travaillait pas l’après-midi prit part à leur mouvement, d’abord par curiosité puis par conviction car il apprit l’arrestation de son frère dans la capitale. Sa rage le  distinguait des autres, et il n’avait rien à perdre. Les masses d’élèves regagnaient le lieu sans avoir aucune idée de ce qu’ils allaient faire. On scandait des slogans, on insultait l’Etat.  Un étudiant monta sur un rocher et s’adressa aux autres :

« Mes camarades, hier une militante est tombée dans le champs d’honneur, elle combattait à côté de ses camarades le régime antidémocratique, anti-populaire et non nationaliste. Il faut que vous sachiez que si vous ne luttez pas, vous risquerez de subir durant toute votre vie le joug d’un régime dictatorial dominé par une classe oligarchique pourrie  qui veut asservir et exploiter tout le peuple; vive le peuple ! »

Arrivé à ce point là, on ne savait d’où sortaient ces hordes de soldats armés jusqu’aux dents. On encercla toutes les voies par des camions. Pris à l’intérieur d’une ceinture compacte de soldats, les pauvres élèves étaient incapables de s’enfuir. Les fusils étaient pointés sur eux, une véritable peur les terrassait. On descendait des tables des camions, les policiers en civil s’asseyaient sur des chaises. On ouvrait des registres. Les élèves étaient sommés de s’asseoir à même le sol. On commença l’interrogatoire en plein air. Tout était calme. D’abord les meneurs furent appelés, giflés et insultés au vu des autres avant d’être interrogés et isolés de la foule. On avait l’impression que chaque élève avait comme ange gardien un soldat. Il y en avait même ceux qui pouvaient affirmer que le nombre de soldats dépassait celui des élèves.

Ramdane était parmi les premiers à être appelé et châtié. Il n’avait jamais oublié ce jour-là. Un  élève qui était à côté de lui avait prié le soldat pour qu’il le laisse aller pisser, mais le soldat  refusa tout en le grondant. Le jeune élève était diabétique et il avait uriné sur place. Ce n’était pas la peur mais la maladie, affirmait Ramdane tout le temps.

Les yeux bandés, les mains menottées, on les transporta à la capitale du Département. La plupart était tabassée, une minorité était condamnée par le tribunal.

Au cours de ces journées de détention; Ramdane  put savourer une amitié autre que celle qu’il connaissait jusqu’à maintenant. La symbiose des sentiments et les rêves suspendus dans le vide lui avaient rappelé les souvenirs de la Marche Verte. Seulement dans les locaux où il se trouvait avec ses amis. Les rêves et les pensées étaient inertes. Un amas couvert de poussière et dégageant l’odeur de la mort. Un silence lourd asphyxiait les lieux et les êtres. Et pourtant Ramdane arriva à reconnaître ceux qui étaient rabougris à côté de lui. La plupart étaient les membres du comité du ciné club.

Quand il fut relâché sans passer devant les juges, il se mit immédiatement à consolider sa relation avec ces amateurs du cinéma. Il alla même de l’avant et devint un grand gauchiste.

C’était à cette époque là que notre amitié s’était approfondie. Nous étions tous des apprentis.

 

Alors que nous étions des lycéens sympathiques des mouvements marxistes léninistes, il fit irruption parmi nous et se transforma en un symbole. Il apprit vite les principes du matérialisme dialectique et les exposait d’une manière étonnante. Il nous égayait par la récitation de longs poèmes dont l’un commence ainsi :

Est-ce qu’il est enlevé ?

Est-ce qu’il est assassiné ?

On t’aurait torturé et déchiqueté

Ils en sont capables

Chiens, fils de chiens.

 

Nous nous mettions alors à lire régulièrement des livres que nous avions trouvés parmi les affaires du frère N KH. Le premier que nous avons étudié parlait de la nouvelle gauche en Europe et en Amérique latine. Ramdane arrivait à schématiser l’ensemble des idées et des thèses d’une manière surprenante. Il réussit souvent à expliquer ce qui paraissait confus en tirant des exemples de la vie et de la société de Zaytouna. Il gardait quand même dans l’esprit un petit germe de critique. La notion du relativisme semblait le hanter. Nous essayions tous de cerner ce qui nous opposait aux sociétés européennes.

Quand il s’efforçait de lire trop,  ils commettait parfois des erreurs  banales; c’était ainsi qu’il lui est arrivé de  parler d’une certaine Afrique latine. Une occasion pour certains petits érudits de se moquer de lui et de l’attaquer. En fait, c’était là une catégorie de jeunes qui refusait par principe et par éducation de parler politique ou d’y perdre le temps. Les débats les plus fougueux étaient ceux où prenaient parti les membres de la Jeunesse Unie. Ramdane appelait ces derniers les mencheviks ; une dénomination qu’on ne partageait guère avec lui. Et pourtant c’étaient ces adversaires qui étaient ses amis les plus intimes; avec eux il était le plus souvent à l’aise.

Lors d’une réunion du comité de l’Amicale des Volontaires de la Marche Verte, il fut   exclu sur un ordre de l’Administration locale. Une décision qui l’eut énormément satisfait, une page de sa vie qu’il devait définitivement tourner. D’ailleurs, il ne pouvait plus, et depuis très longtemps, se trouver parmi des membres rongés par les convoitises et l’opportunisme. Une futilité et une mollesse ennuyeuses.

 

Ramdane ouvrira   les parenthèses où il avait mis cette tranche de sa vie plus tard juste au moment où il serait membre du parti du Soleil Doux. De plus en plus, sa vocation de démocrate progressiste communiste s’affirmait.

Quelques années après, il fut impliqué une autre fois dans les grèves menées par les fonctionnaires et par les étudiants. Il fut arrêté de nouveau; brutalisé et méprisé mais il gardait toujours la tête haute. D’aucuns se demandaient sur les motifs qui conduisaient ce jeune garçon de café à se mêler des grèves des enseignants et des élèves.

Relâché sans jugement mais s’entêtant d’assister aux procès intentés contre les grévistes. Il ne cessait de dénoncer partout les condamnations des uns et l’expulsion de la fonction publique des autres.

Il fut arrêté de nouveau quelques mois après quand des incidents étranges et graves avaient eu lieu à Zaytouna. Des jeunes se sentant humiliés devant la lourde défaite subie par l’équipe du Royaume face aux voisins avaient tout cassé au café où ils avaient regardé le match. Mais cette fois-ci, il fut innocenté officiellement selon ses dires mêmes.

 

Quand notre groupe rejoignit la ville de Drissa pour poursuivre les études universitaires, Ramdane sentit une réelle angoisse et ne tardait pas à nous rendre visite de temps en temps.

Pour nous, c’était vraiment l’éclatement; une joie immense irriguée quotidiennement par une liberté délicieuse ; un sentiment de fierté et de puissance s’épanouissant au fur et à mesure des découvertes que nous faisions de l’espace où nous étions appelés à évoluer. Des dimensions d’une nouvelle vie robuste, libre et largement ouverte sur un avenir radieux. Quand Ramdane se rendait chez nous, personne ne nous interdisait de le loger ou de le nourrir à la cité universitaire.

 

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16-01-2012

Rman LE PANIER ET LE PARTI LA ville de Zaytouna et ses sages

 

Chômeur le plus souvent, Ramdane passait toutes ses journées à se balader dans les ruelles et les champs de Zaytouna. Une liberté absolue qui lui permettait de découvrir la ville dans tous ses états.

Jadis,en sa compagnie, on s’amusait à provoquer de vieux commerçants qui avaient survécu au siècle passé. Ils occupaient le meilleur endroit de Zaytouna. Peu à peu l’âge puis la mort les avaient tous décimés.

Toutes leurs boutiques étaient des estrades qui s’élevaient presque à un mètre du niveau du sol. Une demi-porte battante suspendue au-dessus de leur tête servait aussi de paravent. Des portes robustes en chêne vert. Ils vendaient du goudron, du gaz lampant, de la menthe et du sucre transformé en gâteaux multicolores. Ils étaient éclairés au moyen de bec -à -gaz et de bougies.

 

Actuellement, on a nivelé ces échoppes et on y vend des bijoux en or. Ce sont les transformations principales qui ont affecté la principale artère de Zaytouna. Et c’est peut-être la seule amélioration apparente dans toute la ville.

 

Quand Ramdane eut conscience des décomptes de sa vie, il ne ressentait qu’un mince filet de lumière qui le reliait à ces lieux .

 

D’ailleurs, nous frôlions tous la déprime. Un amour platonique auquel il fallait nous soumettre malgré nous. Nous voulions vraiment consommer cet amour et perpétuer la vie et la ville. Mais, nous étions trop naïfs pour atteindre un but pareil. Nous assistions à l’épanouissement de la bêtise, de la traîtrise et de la répression parfaitement inséminée dans les cerveaux et les cœurs. Une traque à peine cachée qui nous contraignait à l’exil. Une menace pour notre existence, pour notre conscience imbibée de rêves et d’écume de lauriers roses.

 

Zaytouna cachait mal ses verrues et ses souffrances. Une amertume en jaillissait tout le temps et partout. Des espoirs avortés, des échos terribles et des masques abîmés tourbillonnaient une cité prise en otage par de paisibles citoyens métamorphosés en pirates.

L’amour et l’espoir s’enlaçaient et hurlaient, on les déracinait. Quelques lambeaux d’histoire étaient jetés dans le dépotoir qui occupait l’ancien parc public  règnant au centre -ville.  On était pris dans la spirale des destructeurs, des bâtisseurs du néant. Le paradis était devenu un amas de cendre et d’absurde. Des contours barbelés et brûlants.

Parfois, cette ville se restreignait au point de nous froisser les cœurs. Et nous fuyions. Nous devenions des feuilles mortes que le vent emportait de l’autre côté du cimetière.

 

Le plus raisonnable des zaytounis avait   élu domicile au cimetière.

C’était là, selon ce qu’il avait déclaré à ses auditeurs, le meilleur endroit de la ville.  On le connaissait comme étant un humble chiffonnier du sud qui était venu à Zaytouna emportant sur son dos un sac plein de bâtards ramassés le long de son voyage  vers le nord.

Au cours de la journée, il montait sa halqa entre les tombes, au bord de la falaise. Le soir, il travaillait comme gratteur et masseur dans les bains maures. Certains disaient qu’il n’était venu à Zaytouna que pour être proche de l’un de ses amants qui y était un notable très connu. D’autres disaient que cet homme mystérieux était en mission et il attendait un signal pour vider son sac hermétique et ficelé.

Un jour, selon une histoire qui amusait trop  Ramdane, des ivrognes, qui passaient leurs agréables moments au cimetière, avaient décidé de lui ravir le sac pour voir ce qu’il y avait dedans.   Aussitôt l’avaient-ils ouvert qu’une horde de chiens aux têtes d’hommes avaient sauté en poussant des cris moqueurs et stridents accompagnés de rires hilarants. Puis ils s’étaient dispersés en un clin d’œil ; d’où, selon les misérables râleurs,    étaient nés tous les maux qui sévissaient à Zaytouna.  La souffrance   procréait implacablement l’affliction

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08-01-2012

LE PANIER ET LE PARTI RAMDANE BEN CHAABANE ET MOI A ZAYTOUNA AU DEBUT DES ANNEES 80

Quand j’étais de retour à Zaytouna, il m’annonça sa décision définitive de quitter le magasin :

« Je ne pouvais pas agir autrement, je n’ai plus de temps de sensibiliser les gens aux principes de mon parti ; et puis j’ai commencé à  gagner trop d’argent qui me fait peur. Je risque de pourrir. Il faut que je le quitte avant de m’habituer à cette vie facile de laquelle il me serait  difficile de me séparer plu tard. Et je serais obligé de rester et de céder. »

C’était le raisonnement de Ramdane, une logique absurde mais quand même il ne jouait pas au Tartuffe. Il se cramponnait terriblement à sa misère. Il prit sa décision malgré l’insistance d’Alhaj et les pleurs d’Alhajja.

Absorbé par ses réflexions, il voyait passer et repasser devant lui un homme lorgnant la boutique. Il l’interpella . L’homme se mit alors à lui raconter ses conditions de vie atroces. Une famille  à sa charge et il n’avait pas le sous. Le soir même, il le présenta à Alhaj et lui remit les clés. .

Dès lors Ramdane plongea dans une oisiveté complète. Il   ne cessait de me rebattre les oreilles par des commentaires insensés :

« Regarde autour de toi, il y a partout des chômeurs, pourquoi ne pas gonfler leur rang… C’est un fléau socio politique que seul le socialisme scientifique soit à même d’endiguer. »

Il m’amenait chez les marchands de pépins et de pois chiches qui s’alignaient en face de la boutique d’Alhaj qu’il me pria de méditer, de savourer le bonheur de l’homme qui la dirigeait.   Ces pauvres marchands passaient toute leur journée derrière des tables, adossés à la clôture d’un parc public transformé en  dépotoir en pleine ville. Ils échangeaient avec lui quelques propos légers tout en le plaignant ouvertement pour la folie qu’il a commise en laissant tomber un travail facile et intéressant. Pour désamorcer ces critiques acerbes, il se mettait à fredonner à voix audible :

«

Sous les vieux ponts

Nous, communistes luttons

Pour les beaux yeux de la liberté

Les aventures et les risques

Nous les affrontons

Jusqu’à la victoire

Ou le bonheur  …ha… »

Malgré tout, Ramdane m’éblouissait par son optimisme ; son mot d’ordre était le rêve et rien que le rêve. Il nous qualifiait de jeunes éclairés alors qu’il était lui, et selon ses amis vendeurs de pépins, un vrai illuminé. « Jeunes éclairés » était l’euphémisme que son parti utilisait pour désigner tous ceux qui se réclamaient de la gauche mais qui combattaient politiquement et idéologiquement le soi-disant parti de l’avant garde ouvrière.

 

Et je continue de dire le parti de Ramdane bien qu’il l’ait quitté, les larmes dans les yeux, depuis le dernier congrès, avant que le XXIème siècle ne pointât. Mais pour moi, comme pour tous les habitants de Zaytouna, et surtout pour les éclairés et les Administrateurs, Ramdane Ben Chaabane était le parti et le parti était Ramdane Ben Chaabane . Une âme indivise, une entité inextricable.

Pour nous tous, qui nous ressemblions comme les arbres d’une forêt brocantée et terrassée par le vent, notre capital était cet espoir morné. Et personne d’entre nous n’a pu flairer les affres du temps pour comprendre que ces rêves étaient morts nés. Les guerres contre les incertitudes et les déceptions majestueuses nous ont rendus exsangues.

Malgré les moqueries piquantes et  les critiques dures, Ramdane se collait toujours à ses convictions. Je le contemplais au-delà des considérations politiques, j’essayais de cerner chez lui les frontières entre les lumières et les ténèbres, entre la raison et la passion. Parfois je concluais qu’il était conscient jusqu’à l’ivresse. Une conscience limpide et une clairvoyance idéale. Parfois je voyais en lui une image froissée, une effigie qu’on devrait brûler inexorablement ; un feu qui devrait chauffer les autres.

A l’époque où il était le prince du café que certains adolescents de Zaytouna considéraient comme un petit bout de Paris, sa conscience coïncidait avec la réalité. Il a implanté l’idée du syndicalisme parmi ses amis de travail. Ils en ont profité mais après son expulsion suite à la grève générale qu’il était seul à observer dans toute la ville de Zaytouna.

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04-01-2012

LES PETITS ET GRANDS CHÔMEURS DE ZAYTOUNA JADIS ET MAINTENANT Roman Le panier et le PArti

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chômeur le plus souvent, Ramdane passait toutes ses journées à se balader dans les ruelles et les champs de Zaytouna. Une liberté absolue qui lui permettait de découvrir la ville dans tous ses états.

Jadis,en sa compagnie, on s’amusait à provoquer de vieux commerçants qui avaient survécu au siècle passé. Ils occupaient le meilleur endroit de Zaytouna. Peu à peu l’âge puis la mort les avaient tous décimés.

Toutes leurs boutiques étaient des estrades qui s’élevaient presque à un mètre du niveau du sol. Une demi-porte battante suspendue au-dessus de leur tête servait aussi de paravent. Des portes robustes en chêne vert. Ils vendaient du goudron, du gaz lampant, de la menthe et du sucre transformé en gâteaux multicolores. Ils étaient éclairés au moyen de bec -à -gaz et de bougies.

 

Actuellement, on a nivelé ces échoppes et on y vend des bijoux en or. Ce sont les transformations principales qui ont affecté la principale artère de Zaytouna. Et c’est peut-être la seule amélioration apparente dans toute la ville.

 

Quand Ramdane eut conscience des décomptes de sa vie, il ne ressentait qu’un mince filet de lumière qui le reliait à ces lieux .

 

D’ailleurs, nous frôlions tous la déprime. Un amour platonique auquel il fallait nous soumettre malgré nous. Nous voulions vraiment consommer cet amour et perpétuer la vie et la ville. Mais, nous étions trop naïfs pour atteindre un but pareil. Nous assistions à l’épanouissement de la bêtise, de la traîtrise et de la répression parfaitement inséminée dans les cerveaux et les cœurs. Une traque à peine cachée qui nous contraignait à l’exil. Une menace pour notre existence, pour notre conscience imbibée de rêves et d’écume de lauriers roses.

 

Zaytouna cachait mal ses verrues et ses souffrances. Une amertume en jaillissait tout le temps et partout. Des espoirs avortés, des échos terribles et des masques abîmés tourbillonnaient une cité prise en otage par de paisibles citoyens métamorphosés en pirates.

L’amour et l’espoir s’enlaçaient et hurlaient, on les déracinait. Quelques lambeaux d’histoire étaient jetés dans le dépotoir qui occupait l’ancien parc public  règnant au centre -ville.  On était pris dans la spirale des destructeurs, des bâtisseurs du néant. Le paradis était devenu un amas de cendre et d’absurde. Des contours barbelés et brûlants.

Parfois, cette ville se restreignait au point de nous froisser les cœurs. Et nous fuyions. Nous devenions des feuilles mortes que le vent emportait de l’autre côté du cimetière.

 

Le plus raisonnable des zaytounis avait   élu domicile au cimetière.

C’était là, selon ce qu’il avait déclaré à ses auditeurs, le meilleur endroit de la ville.  On le connaissait comme étant un humble chiffonnier du sud qui était venu à Zaytouna emportant sur son dos un sac plein de bâtards ramassés le long de son voyage  vers le nord.

Au cours de la journée, il montait sa halqa entre les tombes, au bord de la falaise. Le soir, il travaillait comme gratteur et masseur dans les bains maures. Certains disaient qu’il n’était venu à Zaytouna que pour être proche de l’un de ses amants qui y était un notable très connu. D’autres disaient que cet homme mystérieux était en mission et il attendait un signal pour vider son sac hermétique et ficelé.

Un jour, selon une histoire qui amusait trop  Ramdane, des ivrognes, qui passaient leurs agréables moments au cimetière, avaient décidé de lui ravir le sac pour voir ce qu’il y avait dedans.   Aussitôt l’avaient-ils ouvert qu’une horde de chiens aux têtes d’hommes avaient sauté en poussant des cris moqueurs et stridents accompagnés de rires hilarants. Puis ils s’étaient dispersés en un clin d’œil ; d’où, selon les misérables râleurs,    étaient nés tous les maux qui sévissaient à Zaytouna.  La souffrance   procréait implacablement l’affliction.

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23-12-2011

Le PANIER ET LE PARTI EP 52 CES MILITANTS PARTISANS MAKHZ2NIEN, A qui rendront les comptes???

tribunal. Rihane reçut la procuration de la famille lointaine pour se porter partie civile contre monsieur Halloul.

Ce dernier n’était pas un enseignant ordinaire .Politicien ,syndicaliste ,ami de l’administration, piston auprès  des administrations centrales, courtier de maisons et de voitures, ex censeur du collège, intellectuel qui présentait des exposés à toutes les  occasions   nationale  ,religieuse ou internationale. Des relations étroites avec le maghzen. Il était toujours un militant du parti du Croissant Jaune Vif. A la faculté, il faisait partie de la section estudiantine de ce parti, il s’était distingué plus particulièrement par sa capacité à encaisser des coups partout sur son corps de la part des étudiants. Il était nourri et logé dans des conditions dignes d’un militant qui court quotidiennement des risques .

Les années d’études terminées, Halloul fut affecté à Zaytouna pour servir son parti qui raflait chaque élection presque tous les sièges.  Sans convictions ni ambitions politiques, il risquait la dépression surtout au cours des années chaudes de l’activité gauchiste à Zaytouna. Il continuait d’interagir au gré des événements et selon des intérêts futiles qu’il réalisait. D’ailleurs beaucoup de ses semblables avaient eu un parcours beaucoup plus réussi sans piston ni relations et même avec des capacités culturelles au dessous des siennes.Tout le monde reconnaissait sa solide culture mais regrettait sa dépendance inexplicable à l’égard du parti secret de l’Administration et celui apparent du CJV. Il était un type proie à une déchirure atroce ; en possession d’une culture profonde qu’il arrosait quotidiennement, une culture fine et vaste voire très avant-gardiste mais se conduisant terre à terre sans pouvoir jamais lever sa voix devant les réactionnaires. Tout en déclarant   son athéisme, il ne pouvait prendre ses distances vis à vis de ce fameux parlementaire à qui on avait offert le siège volé à un autre candidat. Il voulait devenir l’homme le plus malin de Zaytouna, le meilleur vivant, le plus moderne …Il était difficile de comprendre un type comme lui. Il n’éprouvait aucune honte pour abuser des lycéennes  et pourtant le sexe n’était pas son problème. Et en violant Khadija, c’était dans cet esprit qu’il agissait. Le viol perpétré sur Khadija était l’expression d’une vengeance à l’égard des gens du maghzen ; une habilité, un pillage, un larcin…Seulement ; il n’avait pas pensé à ce que Ramdane et ses amis allaient lui causer .Des adversaires politiques qui avaient pris une initiative et advienne que pourra !

En apprenant l’intention du groupe, il continuait ses insultes et ses menaces. Mais tout tournait contre lui même quand il exprimait son désir d’étouffer le scandale. Le chef du cercle de la police l’avertissait afin qu’il cherche une solution à son problème. Les responsables du parti du Croissant Jaune Vif  contactés par lui   avaient dit qu’ils ne pourraient rien faire pour lui étant donné que toute la ville était au courant. Il sentit que toutes les portes étaient fermées à son nez ; il se dirigea au commissariat, promit par écrit d’épouser la fille et l’affaire n’arriva pas au juge.

Un mois plus tard, Khadija rejoignit le foyer de son ancien professeur de mathématiques.

A contre cœur peut- être, Halloul daigna laisser Khadija continuer ses études jusqu’à l’obtention du bac. Une victoire pour tout le monde. Avec son geste généreux, Halloul avait témoigné d’une sensibilité humaine très élevée et dès ce moment là il avait acquis beaucoup d’estime même parmi ses adversaires politiques.

Mêmes ceux qui expliquaient ce fait en révélant que le coup était monté par le chef de l’Administration Municipale et ses acolytes pour se distraire et se moquer de celui qui se prenait pour le plus intelligent des Zaytounis, admiraient l’attitude tolérante et compréhensive de Halloul

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13-12-2011

LE PANIER ET LE PARTI LES PAUVRES NE FONT PAS L’HISTOIRE?

« Ce ne sont pas les marginaux qui font l’Histoire ».

Et que peuvent faire les marginaux ? En réalité, chaque fois qu’il me répétait cette phrase il me secouait car je l’avais choisi pour être le héros de mon récit alors qu’il était irrévocablement condamné à vivre en tant que marginal. Moi même, et malgré tous mes efforts, j’ai été contraint de languir rongé par les tracasseries du quotidien .Je ne m’étais rendu compte de la permanence du clientélisme et du népotisme que trop tard ; c’est à dire au moment où j’étais incapable de me remettre en question. L’injustice de certains fonctionnaires protégés par des ministres dépravés malgré leurs prétentions progressistes m’avait rendu la vie amère. Amère est la vie consacrée à la quête des moyens d’une survie insipide et à la limite de la mort. Je devais être patient non pas pour m’assurer une vie de chien mais pour entretenir une existence trouée de certaines personnes que j’aimais. Marginal qui écrivait sur des marginaux alors que ces derniers ne font pas l’Histoire. Mais quand même, ces marginaux doivent avoir une place dans cette histoire qui ressemble à une momie exposée par ignorance au soleil qui la détruit. Et je dirais malgré tout : vive la marginalité ! Vive la liberté ! Vive Ramdane ! Vive la littérature !

 

Ramdaneet l’avocat, monsieur Rihane se concertèrent et se mobilisèrent pour porter l’affaire devant le tribunal. Rihane reçut la procuration de la famille lointaine pour se porter partie civile contre monsieur Halloul.

Ce dernier n’était pas un enseignant ordinaire .Politicien ,syndicaliste ,ami de l’administration, piston auprès des administrations centrales, courtier de maisons et de voitures, ex censeur du collège, intellectuel qui présentait des exposés à toutes les occasions nationale ,religieuse ou internationale. Des relations étroites avec le maghzen. Il était toujours un militant du parti du Croissant Jaune Vif. A la faculté, il faisait partie de la section estudiantine de ce parti, il s’était distingué plus particulièrement par sa capacité à encaisser des coups partout sur son corps de la part des étudiants. Il était nourri et logé dans des conditions dignes d’un militant qui court quotidiennement des risques .

Les années d’études terminées, Halloul fut affecté à Zaytouna pour servir son parti qui raflait chaque élection presque tous les sièges. Sans convictions ni ambitions politiques, il risquait la dépression surtout au cours des années chaudes de l’activité gauchiste à Zaytouna. Il continuait d’interagir au gré des événements et selon des intérêts futiles qu’il réalisait. D’ailleurs beaucoup de ses semblables avaient eu un parcours beaucoup plus réussi sans piston ni relations et même avec des capacités culturelles au dessous des siennes.Tout le monde reconnaissait sa solide culture mais regrettait sa dépendance inexplicable à l’égard du parti secret de l’Administration et celui apparent du CJV. Il était un type proie à une déchirure atroce ; en possession d’une culture profonde qu’il arrosait quotidiennement, une culture fine et vaste voire très avant-gardiste mais se conduisant terre à terre sans pouvoir jamais lever sa voix devant les réactionnaires. Tout en déclarant son athéisme, il ne pouvait prendre ses distances vis à vis de ce fameux parlementaire à qui on avait offert le siège volé à un autre candidat. Il voulait devenir l’homme le plus malin de Zaytouna, le meilleur vivant, le plus moderne …Il était difficile de comprendre un type comme lui. Il n’éprouvait aucune honte pour abuser des lycéennes et pourtant le sexe n’était pas son problème. Et en violant Khadija, c’était dans cet esprit qu’il agissait. Le viol perpétré sur Khadija était l’expression d’une vengeance à l’égard des gens du maghzen ; une habilité, un pillage, un larcin…Seulement ; il n’avait pas pensé à ce que Ramdane et ses amis allaient lui causer .Des adversaires politiques qui avaient pris une initiative et advienne que pourra

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12-12-2011

LES MARCHANDS DE FORTUNE DE ZAYTOUNA

 

 

Seuls ses amis éternels alignés le long de la clôture du parc abandonné gardaient leur méfiance. Ils s’entêtaient à ne pas croire à ce qui se déroulait devant eux bien que Ramdane continuat de les considérer comme étant incapables de s’ouvrir au nouveau monde qu’il était en train de fonder en compagnie des amateurs du cinéma au moyen de mots et de palabres .Ces marchands infortunés, témoins de toutes les transformations refusaient d’intégrer le ciné-club malgré les exhortations de Ramdane et leur proximité de la salle de projection. Les plus vieux d’entre eux comparaient la manifestation dominicale à celles qui avaient marqué le début de l’ère de l’indépendance du Royaume et auxquelles tous les jeunes de l’époque prenaient part .Ils affirmaient que ce n’était là qu’une ruse entretenue à l’époque par les plus intelligents afin de mettre main basse sur le pays et ériger une puissance à même de remplacer les colons. Mêmes les jeunes qui étaient comme eux issus des souches populaires, contribuaient inconsciemment et activement à duper leurs semblables. Par la suite seule une partie de cette catégorie a pu profiter de quelques miettes tandis que la plupart ont essuyé les déceptions.

Zaytouni, le plus instruit des marchands se présentait comme l’exemple des victimes qui avaient gaspillé leur temps au détriment de leurs intérêts et de ceux de leur famille :

« ces élèves, disait-il, dès qu’ils s’approprient de leurs postes, s’ils étudient bien ou s’ils ont de bonnes relations familiales, ils oublient tout et changent vite de rive. Ils deviennent dans la plupart des cas l’ennemi de leurs semblables de jadis. Ce sont eux qui dirigent les municipalités, les tribunaux, les écoles, allez voir ce qu’ils font, ils passent toute leur vie à amasser de l’argent par tous les moyens, ils oublient tout :leur origine, leur rêve et même ceux qu’ils connaissaient jadis.. . »

Des expériences qui les avaient amenées à ne croire à rien. Ils disaient qu’ils n’étaient pas aptes à servir une autre fois comme échafaudage à qui que ce soit. Ce type de conscience ne manquait pas évidemment de logique, or Ramdane voulait le saper coûte que coûte. Il le rejetait catégoriquement.

Et c’était là, à mon avis, l’une de ses erreurs fondamentales. Il s’agissait d’une vérité qui, bien que relative, était et est claire partout chez nous. L’individualisme exagéré, la cupidité, un goût illimité pour le luxe et l’absurde régnaient. Ce sont les fils du peuple qui montraient le plus de zèle pour mater et exterminer tout ce qui leur rappelle leur image d’autrefois.

Pour démontrer le peu de vérité que contenaient ces propos, Ramdane prit l’habitude de distinguer entre les idées et les personnes. Il disait souvent que Winston Tcherchel était le fils d’une famille ouvrière et pourtant il avait guidé l’état le plus capitaliste du monde tandis que Nikita Khroutchov, bien qu’il soit né dans une famille bourgeoise, a été président du premier état ouvrier du monde. Je ne savais pas où Ramdane allait chercher ces réponses sur mesure pour tout ce qui était embarrassant. De toute façon, il n’avait plus l’espoir de récupérer ses amis et les intégrer au ciné club.

Autrement dit, il n’avait plus rien en commun avec eux, et un profond fossé venait ainsi de se creuser entre lui et eux après celui qui existait déjà avec les amis du quartier. Ramdane venait donc de répudier un monde et de se marier avec un autre.

Les vendeurs des pépins, du pois chiches et des bonbons continuaient d’adorer les films de L’Inde et de Hon kong, leur attachement indéfectible au football. Une sorte de résignation et de reddition, aurait commenté Ramdane plus tard.

 

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