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16-06-2012

Le panier et le parti les débuts des années soixante-dix: la soif l’errance

Le panier et le parti  les débuts des années soixante-dix: la soif  l'errance dans CREATION LITTERAIRE ROMAN 012

 

 

C’était l’été, l’oisiveté et la chaleur nous asphyxiaient. La crise de l’eau à Zaytouna était à son apogée. Elle prenait des dimensions fantastiques. Que de misère ! Des objets hétéroclites s’enchaînaient   le long d’une file de plus d’un kilomètre devant les trombes d’eau publiques. Des récipients sans fond, des morceaux de fer et de bois, des pierres, des chaises estropiées, des paires de bottes  abîmées . . . Tout pourrait servir de témoin et de garde position dans  la file. C’était normal car, l’eau n’arrivait que vers cinq heures du matin et s’en allait une heure après. Il était impossible de rester devant la trombe pendant cette longue absence. Egalement, on ne pouvait pas mettre dans la file un objet qui avait une valeur quelconque. L’eau et rien que l’eau occupait les discussions aussi bien des habitants que des visiteurs. Une réputation pour Zaytouna assoiffée et enragée par la chaleur torride.

Nous étions des enfants égarés, hors toutes les lois et tous les enjeux. La piscine municipale était fermée ; aller dans les villes côtières était un luxe que nos familles ne pouvaient guère se permettre.

Ramdane Ben Chaabane et tous les autres, ceux qu’une enfance implacable réunissait, étaient tous là : Farid et Idris qui s’engagèrent  dans l’armée puis  s’affolaient. Sidi Lahsen perdait également la raison. Les trois continuent à vivre ensemble comme à l’époque de l’enfance. Mohammadi, le fonctionnaire municipal, subit toujours les sévices de la drogue ; il fume encore   des joints. Comme d’ailleurs Moumen qui mène tant bien que mal l’entreprise familiale et consomme sans arrêt le kif. Chou en Lai, le sage qui bosse tout le temps et partout comme un nègre. AbdelJalil, qui rata ses études malgré les efforts de son père, gère maintenant une librairie au quartier et représente l’intégrisme quoiqu’il n’ait pu, jusqu’à maintenant, recruter aucun voisin. Bouchta Alkhammar, le chef suprême des gosses, le seul illettré du groupe qui a pu acquérir une bonne situation en pleine capitale. Les jumeaux Hauzi qui bricolent pour survivre après la mort prématurée de leurs parents. Les frères Fridi qui fréquentaient le groupe de temps en temps car ils craignaient trop leur père.

Un groupe qui déviait à l’insu des parents absorbés par les tracasseries et les déceptions du quotidien. Nous avions en commun une large liberté d’action, nous étions des laissés pour compte. Personne ne s’intéressait à ce que nous faisions. Un seul esprit, morose et borné, régnait parmi nous, malgré l’obéissance que nous devions à nos parents.

Seul Ramdane était libre et ne craignait point ses parents. Une famille vraiment libérale.

Bouchta Al Khammar, le plus malin d’entre nous, n’était pas entré à l’école car son père avait oublié de l’enregistrer dans le livret de l’état civil. On disait dans le quartier que son père était complètement absorbé par les luttes politiques de l’époque. Quand il se rendit compte de son oubli; il était trop tard. Il devait engager un procès contre lui-même. Une procédure lente et une réelle peur de l’Administration car il était en quelque sorte membre d’un parti minoritaire qui s’opposait à celui qui dominait au lendemain de l’Indépendance. Un enfant légitime mais non enregistré dans le livret de l’état civil. C’était ainsi que cet enfant audacieux et malin perdait son droit à la scolarisation. C’était lui qui prit l’initiative de nous montrer pour la première fois le sperme. Il était le premier qui commença à se masturber jusqu’à l’éjaculation devant nous et devant tous ceux qui étaient ce soir là au bain maure. Tous les gosses mirent alors leurs doigts dans cette matière pour voir ce que c’était. Les uns la trouvèrent comme le lait Nestlé, d’autres comme de la glue.

 

Un soir, nous étions rassemblés dans notre coin habituel au quartier sous les mûriers en train de contempler les passants et de discuter football et cinéma quand Bouchta vint nous voir. En fait, il vint chez lui car leur maison se trouvait à l’extrémité de la ruelle qui débouchait sur la grande place. Il travaillait dans un restaurant. Il nous parla alors du coup du jour ; il avait vendu un dîner aux touristes pour un prix quadruplé. Puis, il défia quiconque d’avoir vu le match de la veille qui opposa le Royaume au Pérou. Une provocation qu’il ajouta sciemment   à notre tristesse pour la lourde défaite de notre équipe et pour notre privation car nous n’avions ni le droit ni l’audace d’aller au café voir un match de foot à trois heures du matin. Il nous parla en détail de ce match et nous décrivit tous les moments forts. Puis, il nous révéla que, la veille, sa famille était absente et qu’il avait la possibilité de voir le match sans dérangement. Nous lui reprochâmes naïvement le fait de ne nous avoir pas invités. Il répondit qu’il n’était pas seul et qu’il y avait avec lui Ramdane. Ils dînèrent et regardèrent ensemble la rencontre. Mais Ramdane l’aurait payé. Le prix serait son cul. Bouchta  aurait eut l’occasion d’en goûter les délices. On lui demanda   par malice et par curiosité s’il lui avait mis du sperme dedans, il confirma.

Ce fut là un événement majeur dans le quartier. Il faillit nous faire oublier la coupe du monde. Ramdane Ben Chaabane devrait alors se sacrifier. Il n’était plus vierge. Il faut que tout le monde en profite pour effiler sa petite verge. C’était la loi d’une époque   où dans une ville comme Zaytouna régnait une sorte de conservatisme hypocrite, les fantasmes sexuels des hommes étaient surtout projetés sur les autres hommes. Une homosexualité généralisée à peine camouflée, approuvée et admirée   dans tous les cercles de la vieille ville. Seulement, il ne fallait pas en être objet. Les petits devaient imiter les grands, on devait croire aux mêmes valeurs. Pour prouver que nous étions   grands, nous devions parler de la beauté masculine et mettre en pratique, quand l’occasion s’offrait, des ardeurs souvent singées. C’est peut -être ce qui expliquait le célibat et l’échec des mariages de beaucoup de zaytounis.

Seulement Bouchta n’avait pas de crédibilité auprès de nous. C’est vrai, on le craignait mais on ne le prenait jamais au sérieux. Il était un vantard, un égoïste et surtout un complexé pour n’avoir pas connu l’école. Il essayait toujours de nous éloigner des  discussions relatives à l’école.

L’école pour nous était un grand fardeau. Elle n’avait d’importance que dans la mesure où il nous procurait de gais sujets de discussion; de bravoure ou de bouffonnerie. Que l’un d’entre nous soit choisi pour jouer un rôle dans une pièce théâtrale ou appelé à faire partie de l’équipe de football était pour nous une source de joie immense et un sujet de débat interminable. Un intérêt porté occasionnellement sur nous par quiconque était considéré comme étant étrange. Car pareil acte à notre égard était rare puisque nous étions par la force des choses des sauvages et des marginaux. Quand Mohammadi fut choisi par son maître pour jouer le rôle du loup dans la fable de la Fontaine, nous avions essayé pendant longtemps de comprendre les raisons de ce choix. Car nous éprouvions toujours une mauvaise foi surtout devant les bons gestes. Rien n’était innocent dans nos yeux de petits dépravés. Malgré tout, nous considérâmes que ce geste n’était pas honorable pour nous qui détestions l’école et les maîtres.

Pourtant, et c’était peut-être pour la première fois, nous nous débarrassâmes de notre suspicion et notre mauvaise foi pour se poser la question sur la signification de la fable et sur l’existence ou non d’animaux parlants. Hamid, le fils du boulanger nous apporta même « Les Fables » de la Fontaine et nous lit d’autres morceaux. Tous les gosses sous-estimèrent ce geste et accusèrent Hamid d’être obsédé d’école, de lâche et de quelqu’un qui voulait se distinguer de nous. Nous détestions beaucoup l’école ; celui qui, d’entre nous arrivait à avoir de bons résultats, nous l’excluions définitivement du groupe. S’il voulait garder notre amitié, il devrait éviter de nous parler de l’école en général et des bons résultats en particulier. Cependant quand Sidi Lahsen fut désigné comme capitaine de l’équipe de foot de l’école ; nous avons réagi de manière positive et c’était là un motif de fierté pour tout le quartier, cet enfant devenait une petite star. Il acquit beaucoup d’estime auprès de tout le monde.

Il faut avouer que Mohammadi puis Sidi Lahsen étaient les précurseurs à la consommation de la drogue. Des débris du kif broyés et mélangés à du sucre puis cuits jusqu’à ce qu’ils deviennent compacts. Nous les achetions de chez les tailleurs de djellabas au cœur de la médina. Ces deux enfants étaient de fins connaisseurs de ce qu’on avalait. Dès que nous nous débarrassions de nos esprits, nous commencions à exécuter tout ce que ces vétérans nous dictaient. Ramasser des insectes, les mettre dans un récipient et les asperger d’urine puis les bouillir sur du feu. S’aligner, tenir son sexe dans sa main et entamer une masturbation collective. Voler les fruits des vergers, des poules près des maisons, des marchandises dans des boutiques. Faire les picoteries dans les halqas, piller à leur insu les paysans qui venaient s’approvisionner à Zaytouna.262741101502952982814214188931642094768792087593n dans CREATION LITTERAIRE ROMAN

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23-04-2012

LE PANIER ET LE PARTI LE PLUS SAGE DEs ZAYTOUNis AVAIT ELU DOMICILE AU CIMETRIERE

 

Chômeur le plus souvent, Ramdane passait toutes ses journées à se balader dans les ruelles et les champs de Zaytouna. Une liberté absolue qui lui permettait de découvrir la ville dans tous ses états.

Jadis,en sa compagnie, on s’amusait à provoquer de vieux commerçants qui avaient survécu au siècle passé. Ils occupaient le meilleur endroit de Zaytouna. Peu à peu l’âge puis la mort les avaient tous décimés.

Toutes leurs boutiques étaient des estrades qui s’élevaient presque à un mètre du niveau du sol. Une demi-porte battante suspendue au-dessus de leur tête servait aussi de paravent. Des portes robustes en chêne vert. Ils vendaient du goudron, du gaz lampant, de la menthe et du sucre transformé en gâteaux multicolores. Ils étaient éclairés au moyen de bec -à -gaz et de bougies.

 

Actuellement, on a nivelé ces échoppes et on y vend des bijoux en or. Ce sont les transformations principales qui ont affecté la principale artère de Zaytouna. Et c’est peut-être la seule amélioration apparente dans toute la ville.

 

Quand Ramdane eut conscience des décomptes de sa vie, il ne ressentait qu’un mince filet de lumière qui le reliait à ces lieux .

 

D’ailleurs, nous frôlions tous la déprime. Un amour platonique auquel il fallait nous soumettre malgré nous. Nous voulions vraiment consommer cet amour et perpétuer la vie et la ville. Mais, nous étions trop naïfs pour atteindre un but pareil. Nous assistions à l’épanouissement de la bêtise, de la traîtrise et de la répression parfaitement inséminée dans les cerveaux et les cœurs. Une traque à peine cachée qui nous contraignait à l’exil. Une menace pour notre existence, pour notre conscience imbibée de rêves et d’écume de lauriers roses.

 

Zaytouna cachait mal ses verrues et ses souffrances. Une amertume en jaillissait tout le temps et partout. Des espoirs avortés, des échos terribles et des masques abîmés tourbillonnaient une cité prise en otage par de paisibles citoyens métamorphosés en pirates.

L’amour et l’espoir s’enlaçaient et hurlaient, on les déracinait. Quelques lambeaux d’histoire étaient jetés dans le dépotoir qui occupait l’ancien parc public  règnant au centre -ville.  On était pris dans la spirale des destructeurs, des bâtisseurs du néant. Le paradis était devenu un amas de cendre et d’absurde. Des contours barbelés et brûlants.

Parfois, cette ville se restreignait au point de nous froisser les cœurs. Et nous fuyions. Nous devenions des feuilles mortes que le vent emportait de l’autre côté du cimetière.

 

Le plus raisonnable des zaytounis avait   élu domicile au cimetière

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21-03-2012

LES AMAZONES DE L’ENFER ET LE KADI DE ZAYTOUNA LE PANIER ET LE PARTI EP40

A Zaytouna, Ramdane vivait tant bien que mal en compagnie de ces femmes, des amazones de l’enfer.   Sakina planait parmi les constellations des étoiles tandis que Mahjouba rampait sur les crottes, plus qu’un souillon, un vrai urinoir au prix d’ une cigarette. Et Zbida, patronne d’un petit café restaurant était toujours maîtresse de sa raison ; elle discutait, analysait et espérait.

Entre la séduction éhontée de l’une et le jeu minutieux de stratégie de l’autre, Ramdane décryptait les misères et les bêtises de l’existence féminine sur cette terre. Ou plutôt dans ce pays où les guéguerres pour l’ascension et la chute battaient leur plein.

Zbida lisait correctement dans les idées de Ramdane et le priait de passer la voir de temps en temps. Sans fièvre de monter ni rêve de s’approprier ce monde, cette femme raidie par les vicissitudes du temps mais possédant toujours des traces de beauté et un corps bien bâti, solidarisait   inconditionnellement avec Ramdane. Elle disait avoir pratiqué par le passé la sorcellerie et l’ensorcellement, mais c’était un jeu maléfique et embêtant. Elle lui confiait qu’elle était discrètement l’initiatrice de Mahjouba et que cette dernière voulait aller jusqu’au bout du jeu de la magie, de la cruauté et de la passion. Elle se montrait heureuse d’éteindre de temps en temps les feux enflammant le corps de Ramdane. Celui ci était satisfait d’elle. Toujours prête à l’amuser en lui révélant les réalités cachées de Zaytouna. Des histoires rocambolesques qui aidaient Ramdane à se débarrasser des derniers souvenirs de Sakina qualifiée    de guêpe  dorée dont seuls les puissants   pouvaient déguster le miel.

Et puis le jeune homme accédait en compagnie de cette vieille routière au trône de Scherayar. Ils s’embarquaient volontairement   dans le train des délices et des récits interminables. Schehrazad jurait cette fois-ci de sauver le prince en lui offrant la géographie des reliefs empruntés aux diables et autres démons :

«   J’étais violée à l’âge de douze ans   dans la maison du kadi dont les fils t’avaient envoyé en prison. Ma mère était l’une de ses bonnes de qui il jouissait licitement. Elle vivait chez lui et ne s’était jamais mariée. Elle n’avait pas de famille. J’ai ouvert les yeux dans la grande maison. A douze ans, l’un de ses amis intimes, un grand notable qui se séparait de lui rarement me titillait. Chaque jour, il m’appelait et passait sa grosse main sur mon corps chétif. Quoiqu’elles ne dépassent guère le volume de deux olives, mes seins retenaient pendant longtemps sa main. Après, au su et au vu de tout le monde, il m’avait retenue pendant une longue durée et avait fini par me déchirer. Tout en poussant des youyous, ma mère pleurait à chaudes larmes. On m’avait transportée à l’hôpital, il demanda ma main de ma mère et de son ami le kadi, et je devais le subir comme mari. Il m’apportait des bonbons, du chocolat et me permettait même d’aller jouer avec les enfants. Le kadi me qualifiait de sale enfant, il me commandait de disparaître chaque fois qu’il me rencontrait. Puis le vieil ami mourut, et ma mère constata qu’il n’y avait pas d’acte de mariage me liant légalement à lui.

Certainement ; il est toujours en train de brûler en attendant le pire châtiment de l’enfer. Le kadi, non plus, n’échapperait pas aux supplices du Jour du Jugement dernier, n’est ce pas Ramdane ? »

Et Ramdane, pour exorciser les douloureuses destinées s’abattant sur lui et sur ses semblables, se mettait, surtout quand il s’enivrait, à parodier les grandes narrations du célèbre conteur de Zaytouna ;Ayyachi Marzoug:

« C’était toujours comme ça, dans les temps révolus, ceux qui viendront et ceux que nous vivons. Un homme au cachet de la mort sur le front, possédait l’argent, les chevaux, les terres, les esclaves…Il faisait le beau et le mauvais temps. Quand il parlait, les murs tremblaient, les fourmis gelaient et les feux s’allumaient dans les âmes et les esprits. Il écrasait indifféremment les serviteurs d’Allah et ceux du diable. Il se servait des vautours et mêmes des colombes, tout était entre ses mains ; le vent, le soleil et les pluies. Les chrétiens et les juifs le redoutaient ; il était brutal.

Chaque matin, il prononçait un discours que tous les Beni Zaytoune avaient appris par cœur, ils le répétaient avec lui en saluant le drapeau nasse. L’emblème du territoire était la nasse où pataugeait une tortue :

« Je suis votre kadi et votre maître. Intronisé sur vous non pas par ce que vous m’approuvez mais par ce que je suis capable de vous opprimer. Celui qui sera satisfait de mes jugements, je le rendrai riche, celui qui me désobéira, je le décapiterai et je  pendrai sa tête en haut de la Porte de la Peur. Il y a longtemps que j’ai lu dans le Livre du Malheur et j’ai appris que d’entre vous il y aura ceux que j’immolerai, ceux que je brûlerai vifs et d’autres que je dévorerai crus. Je suis le tisserand des cauchemars, l’éventreur des âmes. Je suis le maître des maîtres, j’ai étalé mes filets du paradis à l’enfer, vous y êtes tous et malgré vous. Gare à vous ! Je possède le feu et le sel. Obéissez à moi et je vous garantirai la sécurité et la paix. »

Puis Ramdane essayait de simuler la voix de Zbida qui répondrait au kadi :

« Maître, j’ai ouvert les yeux dans votre jardin. Vous avez le plein droit de faire de moi ce que vous voudrez. Une graine d’ortie verdoyante malgré son déracinement. Je vivrai plus que vous et j’entretiendrai toutes vos craintes cachées… »

 

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20-02-2012

CES ANNEES 70 OU LA GANGRENE DU MAROC ETAIT DEJA PUANTE . NOUS AVONS GRANDI MALGRE NOUS. LE parti et le panier

Vers l’après-midi, les élèves passaient entre eux un mot de passe secret pour se fixer un rendez-vous aux environs de la ville. Ramdane, qui ne travaillait pas l’après-midi prit part à leur mouvement, d’abord par curiosité puis par conviction car il apprit l’arrestation de son frère dans la capitale. Sa rage le  distinguait des autres, et il n’avait rien à perdre. Les masses d’élèves regagnaient le lieu sans avoir aucune idée de ce qu’ils allaient faire. On scandait des slogans, on insultait l’Etat.  Un étudiant monta sur un rocher et s’adressa aux autres :

« Mes camarades, hier une militante est tombée dans le champs d’honneur, elle combattait à côté de ses camarades le régime antidémocratique, anti-populaire et non nationaliste. Il faut que vous sachiez que si vous ne luttez pas, vous risquerez de subir durant toute votre vie le joug d’un régime dictatorial dominé par une classe oligarchique pourrie  qui veut asservir et exploiter tout le peuple; vive le peuple ! »

Arrivé à ce point là, on ne savait d’où sortaient ces hordes de soldats armés jusqu’aux dents. On encercla toutes les voies par des camions. Pris à l’intérieur d’une ceinture compacte de soldats, les pauvres élèves étaient incapables de s’enfuir. Les fusils étaient pointés sur eux, une véritable peur les terrassait. On descendait des tables des camions, les policiers en civil s’asseyaient sur des chaises. On ouvrait des registres. Les élèves étaient sommés de s’asseoir à même le sol. On commença l’interrogatoire en plein air. Tout était calme. D’abord les meneurs furent appelés, giflés et insultés au vu des autres avant d’être interrogés et isolés de la foule. On avait l’impression que chaque élève avait comme ange gardien un soldat. Il y en avait même ceux qui pouvaient affirmer que le nombre de soldats dépassait celui des élèves.

Ramdane était parmi les premiers à être appelé et châtié. Il n’avait jamais oublié ce jour-là. Un  élève qui était à côté de lui avait prié le soldat pour qu’il le laisse aller pisser, mais le soldat  refusa tout en le grondant. Le jeune élève était diabétique et il avait uriné sur place. Ce n’était pas la peur mais la maladie, affirmait Ramdane tout le temps.

Les yeux bandés, les mains menottées, on les transporta à la capitale du Département. La plupart était tabassée, une minorité était condamnée par le tribunal.

Au cours de ces journées de détention; Ramdane  put savourer une amitié autre que celle qu’il connaissait jusqu’à maintenant. La symbiose des sentiments et les rêves suspendus dans le vide lui avaient rappelé les souvenirs de la Marche Verte. Seulement dans les locaux où il se trouvait avec ses amis. Les rêves et les pensées étaient inertes. Un amas couvert de poussière et dégageant l’odeur de la mort. Un silence lourd asphyxiait les lieux et les êtres. Et pourtant Ramdane arriva à reconnaître ceux qui étaient rabougris à côté de lui. La plupart étaient les membres du comité du ciné club.

Quand il fut relâché sans passer devant les juges, il se mit immédiatement à consolider sa relation avec ces amateurs du cinéma. Il alla même de l’avant et devint un grand gauchiste.

C’était à cette époque là que notre amitié s’était approfondie. Nous étions tous des apprentis.

 

Alors que nous étions des lycéens sympathiques des mouvements marxistes léninistes, il fit irruption parmi nous et se transforma en un symbole. Il apprit vite les principes du matérialisme dialectique et les exposait d’une manière étonnante. Il nous égayait par la récitation de longs poèmes dont l’un commence ainsi :

Est-ce qu’il est enlevé ?

Est-ce qu’il est assassiné ?

On t’aurait torturé et déchiqueté

Ils en sont capables

Chiens, fils de chiens.

 

Nous nous mettions alors à lire régulièrement des livres que nous avions trouvés parmi les affaires du frère N KH. Le premier que nous avons étudié parlait de la nouvelle gauche en Europe et en Amérique latine. Ramdane arrivait à schématiser l’ensemble des idées et des thèses d’une manière surprenante. Il réussit souvent à expliquer ce qui paraissait confus en tirant des exemples de la vie et de la société de Zaytouna. Il gardait quand même dans l’esprit un petit germe de critique. La notion du relativisme semblait le hanter. Nous essayions tous de cerner ce qui nous opposait aux sociétés européennes.

Quand il s’efforçait de lire trop,  ils commettait parfois des erreurs  banales; c’était ainsi qu’il lui est arrivé de  parler d’une certaine Afrique latine. Une occasion pour certains petits érudits de se moquer de lui et de l’attaquer. En fait, c’était là une catégorie de jeunes qui refusait par principe et par éducation de parler politique ou d’y perdre le temps. Les débats les plus fougueux étaient ceux où prenaient parti les membres de la Jeunesse Unie. Ramdane appelait ces derniers les mencheviks ; une dénomination qu’on ne partageait guère avec lui. Et pourtant c’étaient ces adversaires qui étaient ses amis les plus intimes; avec eux il était le plus souvent à l’aise.

Lors d’une réunion du comité de l’Amicale des Volontaires de la Marche Verte, il fut   exclu sur un ordre de l’Administration locale. Une décision qui l’eut énormément satisfait, une page de sa vie qu’il devait définitivement tourner. D’ailleurs, il ne pouvait plus, et depuis très longtemps, se trouver parmi des membres rongés par les convoitises et l’opportunisme. Une futilité et une mollesse ennuyeuses.

 

Ramdane ouvrira   les parenthèses où il avait mis cette tranche de sa vie plus tard juste au moment où il serait membre du parti du Soleil Doux. De plus en plus, sa vocation de démocrate progressiste communiste s’affirmait.

Quelques années après, il fut impliqué une autre fois dans les grèves menées par les fonctionnaires et par les étudiants. Il fut arrêté de nouveau; brutalisé et méprisé mais il gardait toujours la tête haute. D’aucuns se demandaient sur les motifs qui conduisaient ce jeune garçon de café à se mêler des grèves des enseignants et des élèves.

Relâché sans jugement mais s’entêtant d’assister aux procès intentés contre les grévistes. Il ne cessait de dénoncer partout les condamnations des uns et l’expulsion de la fonction publique des autres.

Il fut arrêté de nouveau quelques mois après quand des incidents étranges et graves avaient eu lieu à Zaytouna. Des jeunes se sentant humiliés devant la lourde défaite subie par l’équipe du Royaume face aux voisins avaient tout cassé au café où ils avaient regardé le match. Mais cette fois-ci, il fut innocenté officiellement selon ses dires mêmes.

 

Quand notre groupe rejoignit la ville de Drissa pour poursuivre les études universitaires, Ramdane sentit une réelle angoisse et ne tardait pas à nous rendre visite de temps en temps.

Pour nous, c’était vraiment l’éclatement; une joie immense irriguée quotidiennement par une liberté délicieuse ; un sentiment de fierté et de puissance s’épanouissant au fur et à mesure des découvertes que nous faisions de l’espace où nous étions appelés à évoluer. Des dimensions d’une nouvelle vie robuste, libre et largement ouverte sur un avenir radieux. Quand Ramdane se rendait chez nous, personne ne nous interdisait de le loger ou de le nourrir à la cité universitaire.

 

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16-01-2012

Rman LE PANIER ET LE PARTI LA ville de Zaytouna et ses sages

 

Chômeur le plus souvent, Ramdane passait toutes ses journées à se balader dans les ruelles et les champs de Zaytouna. Une liberté absolue qui lui permettait de découvrir la ville dans tous ses états.

Jadis,en sa compagnie, on s’amusait à provoquer de vieux commerçants qui avaient survécu au siècle passé. Ils occupaient le meilleur endroit de Zaytouna. Peu à peu l’âge puis la mort les avaient tous décimés.

Toutes leurs boutiques étaient des estrades qui s’élevaient presque à un mètre du niveau du sol. Une demi-porte battante suspendue au-dessus de leur tête servait aussi de paravent. Des portes robustes en chêne vert. Ils vendaient du goudron, du gaz lampant, de la menthe et du sucre transformé en gâteaux multicolores. Ils étaient éclairés au moyen de bec -à -gaz et de bougies.

 

Actuellement, on a nivelé ces échoppes et on y vend des bijoux en or. Ce sont les transformations principales qui ont affecté la principale artère de Zaytouna. Et c’est peut-être la seule amélioration apparente dans toute la ville.

 

Quand Ramdane eut conscience des décomptes de sa vie, il ne ressentait qu’un mince filet de lumière qui le reliait à ces lieux .

 

D’ailleurs, nous frôlions tous la déprime. Un amour platonique auquel il fallait nous soumettre malgré nous. Nous voulions vraiment consommer cet amour et perpétuer la vie et la ville. Mais, nous étions trop naïfs pour atteindre un but pareil. Nous assistions à l’épanouissement de la bêtise, de la traîtrise et de la répression parfaitement inséminée dans les cerveaux et les cœurs. Une traque à peine cachée qui nous contraignait à l’exil. Une menace pour notre existence, pour notre conscience imbibée de rêves et d’écume de lauriers roses.

 

Zaytouna cachait mal ses verrues et ses souffrances. Une amertume en jaillissait tout le temps et partout. Des espoirs avortés, des échos terribles et des masques abîmés tourbillonnaient une cité prise en otage par de paisibles citoyens métamorphosés en pirates.

L’amour et l’espoir s’enlaçaient et hurlaient, on les déracinait. Quelques lambeaux d’histoire étaient jetés dans le dépotoir qui occupait l’ancien parc public  règnant au centre -ville.  On était pris dans la spirale des destructeurs, des bâtisseurs du néant. Le paradis était devenu un amas de cendre et d’absurde. Des contours barbelés et brûlants.

Parfois, cette ville se restreignait au point de nous froisser les cœurs. Et nous fuyions. Nous devenions des feuilles mortes que le vent emportait de l’autre côté du cimetière.

 

Le plus raisonnable des zaytounis avait   élu domicile au cimetière.

C’était là, selon ce qu’il avait déclaré à ses auditeurs, le meilleur endroit de la ville.  On le connaissait comme étant un humble chiffonnier du sud qui était venu à Zaytouna emportant sur son dos un sac plein de bâtards ramassés le long de son voyage  vers le nord.

Au cours de la journée, il montait sa halqa entre les tombes, au bord de la falaise. Le soir, il travaillait comme gratteur et masseur dans les bains maures. Certains disaient qu’il n’était venu à Zaytouna que pour être proche de l’un de ses amants qui y était un notable très connu. D’autres disaient que cet homme mystérieux était en mission et il attendait un signal pour vider son sac hermétique et ficelé.

Un jour, selon une histoire qui amusait trop  Ramdane, des ivrognes, qui passaient leurs agréables moments au cimetière, avaient décidé de lui ravir le sac pour voir ce qu’il y avait dedans.   Aussitôt l’avaient-ils ouvert qu’une horde de chiens aux têtes d’hommes avaient sauté en poussant des cris moqueurs et stridents accompagnés de rires hilarants. Puis ils s’étaient dispersés en un clin d’œil ; d’où, selon les misérables râleurs,    étaient nés tous les maux qui sévissaient à Zaytouna.  La souffrance   procréait implacablement l’affliction

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08-01-2012

LE PANIER ET LE PARTI RAMDANE BEN CHAABANE ET MOI A ZAYTOUNA AU DEBUT DES ANNEES 80

Quand j’étais de retour à Zaytouna, il m’annonça sa décision définitive de quitter le magasin :

« Je ne pouvais pas agir autrement, je n’ai plus de temps de sensibiliser les gens aux principes de mon parti ; et puis j’ai commencé à  gagner trop d’argent qui me fait peur. Je risque de pourrir. Il faut que je le quitte avant de m’habituer à cette vie facile de laquelle il me serait  difficile de me séparer plu tard. Et je serais obligé de rester et de céder. »

C’était le raisonnement de Ramdane, une logique absurde mais quand même il ne jouait pas au Tartuffe. Il se cramponnait terriblement à sa misère. Il prit sa décision malgré l’insistance d’Alhaj et les pleurs d’Alhajja.

Absorbé par ses réflexions, il voyait passer et repasser devant lui un homme lorgnant la boutique. Il l’interpella . L’homme se mit alors à lui raconter ses conditions de vie atroces. Une famille  à sa charge et il n’avait pas le sous. Le soir même, il le présenta à Alhaj et lui remit les clés. .

Dès lors Ramdane plongea dans une oisiveté complète. Il   ne cessait de me rebattre les oreilles par des commentaires insensés :

« Regarde autour de toi, il y a partout des chômeurs, pourquoi ne pas gonfler leur rang… C’est un fléau socio politique que seul le socialisme scientifique soit à même d’endiguer. »

Il m’amenait chez les marchands de pépins et de pois chiches qui s’alignaient en face de la boutique d’Alhaj qu’il me pria de méditer, de savourer le bonheur de l’homme qui la dirigeait.   Ces pauvres marchands passaient toute leur journée derrière des tables, adossés à la clôture d’un parc public transformé en  dépotoir en pleine ville. Ils échangeaient avec lui quelques propos légers tout en le plaignant ouvertement pour la folie qu’il a commise en laissant tomber un travail facile et intéressant. Pour désamorcer ces critiques acerbes, il se mettait à fredonner à voix audible :

«

Sous les vieux ponts

Nous, communistes luttons

Pour les beaux yeux de la liberté

Les aventures et les risques

Nous les affrontons

Jusqu’à la victoire

Ou le bonheur  …ha… »

Malgré tout, Ramdane m’éblouissait par son optimisme ; son mot d’ordre était le rêve et rien que le rêve. Il nous qualifiait de jeunes éclairés alors qu’il était lui, et selon ses amis vendeurs de pépins, un vrai illuminé. « Jeunes éclairés » était l’euphémisme que son parti utilisait pour désigner tous ceux qui se réclamaient de la gauche mais qui combattaient politiquement et idéologiquement le soi-disant parti de l’avant garde ouvrière.

 

Et je continue de dire le parti de Ramdane bien qu’il l’ait quitté, les larmes dans les yeux, depuis le dernier congrès, avant que le XXIème siècle ne pointât. Mais pour moi, comme pour tous les habitants de Zaytouna, et surtout pour les éclairés et les Administrateurs, Ramdane Ben Chaabane était le parti et le parti était Ramdane Ben Chaabane . Une âme indivise, une entité inextricable.

Pour nous tous, qui nous ressemblions comme les arbres d’une forêt brocantée et terrassée par le vent, notre capital était cet espoir morné. Et personne d’entre nous n’a pu flairer les affres du temps pour comprendre que ces rêves étaient morts nés. Les guerres contre les incertitudes et les déceptions majestueuses nous ont rendus exsangues.

Malgré les moqueries piquantes et  les critiques dures, Ramdane se collait toujours à ses convictions. Je le contemplais au-delà des considérations politiques, j’essayais de cerner chez lui les frontières entre les lumières et les ténèbres, entre la raison et la passion. Parfois je concluais qu’il était conscient jusqu’à l’ivresse. Une conscience limpide et une clairvoyance idéale. Parfois je voyais en lui une image froissée, une effigie qu’on devrait brûler inexorablement ; un feu qui devrait chauffer les autres.

A l’époque où il était le prince du café que certains adolescents de Zaytouna considéraient comme un petit bout de Paris, sa conscience coïncidait avec la réalité. Il a implanté l’idée du syndicalisme parmi ses amis de travail. Ils en ont profité mais après son expulsion suite à la grève générale qu’il était seul à observer dans toute la ville de Zaytouna.

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04-01-2012

LES PETITS ET GRANDS CHÔMEURS DE ZAYTOUNA JADIS ET MAINTENANT Roman Le panier et le PArti

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chômeur le plus souvent, Ramdane passait toutes ses journées à se balader dans les ruelles et les champs de Zaytouna. Une liberté absolue qui lui permettait de découvrir la ville dans tous ses états.

Jadis,en sa compagnie, on s’amusait à provoquer de vieux commerçants qui avaient survécu au siècle passé. Ils occupaient le meilleur endroit de Zaytouna. Peu à peu l’âge puis la mort les avaient tous décimés.

Toutes leurs boutiques étaient des estrades qui s’élevaient presque à un mètre du niveau du sol. Une demi-porte battante suspendue au-dessus de leur tête servait aussi de paravent. Des portes robustes en chêne vert. Ils vendaient du goudron, du gaz lampant, de la menthe et du sucre transformé en gâteaux multicolores. Ils étaient éclairés au moyen de bec -à -gaz et de bougies.

 

Actuellement, on a nivelé ces échoppes et on y vend des bijoux en or. Ce sont les transformations principales qui ont affecté la principale artère de Zaytouna. Et c’est peut-être la seule amélioration apparente dans toute la ville.

 

Quand Ramdane eut conscience des décomptes de sa vie, il ne ressentait qu’un mince filet de lumière qui le reliait à ces lieux .

 

D’ailleurs, nous frôlions tous la déprime. Un amour platonique auquel il fallait nous soumettre malgré nous. Nous voulions vraiment consommer cet amour et perpétuer la vie et la ville. Mais, nous étions trop naïfs pour atteindre un but pareil. Nous assistions à l’épanouissement de la bêtise, de la traîtrise et de la répression parfaitement inséminée dans les cerveaux et les cœurs. Une traque à peine cachée qui nous contraignait à l’exil. Une menace pour notre existence, pour notre conscience imbibée de rêves et d’écume de lauriers roses.

 

Zaytouna cachait mal ses verrues et ses souffrances. Une amertume en jaillissait tout le temps et partout. Des espoirs avortés, des échos terribles et des masques abîmés tourbillonnaient une cité prise en otage par de paisibles citoyens métamorphosés en pirates.

L’amour et l’espoir s’enlaçaient et hurlaient, on les déracinait. Quelques lambeaux d’histoire étaient jetés dans le dépotoir qui occupait l’ancien parc public  règnant au centre -ville.  On était pris dans la spirale des destructeurs, des bâtisseurs du néant. Le paradis était devenu un amas de cendre et d’absurde. Des contours barbelés et brûlants.

Parfois, cette ville se restreignait au point de nous froisser les cœurs. Et nous fuyions. Nous devenions des feuilles mortes que le vent emportait de l’autre côté du cimetière.

 

Le plus raisonnable des zaytounis avait   élu domicile au cimetière.

C’était là, selon ce qu’il avait déclaré à ses auditeurs, le meilleur endroit de la ville.  On le connaissait comme étant un humble chiffonnier du sud qui était venu à Zaytouna emportant sur son dos un sac plein de bâtards ramassés le long de son voyage  vers le nord.

Au cours de la journée, il montait sa halqa entre les tombes, au bord de la falaise. Le soir, il travaillait comme gratteur et masseur dans les bains maures. Certains disaient qu’il n’était venu à Zaytouna que pour être proche de l’un de ses amants qui y était un notable très connu. D’autres disaient que cet homme mystérieux était en mission et il attendait un signal pour vider son sac hermétique et ficelé.

Un jour, selon une histoire qui amusait trop  Ramdane, des ivrognes, qui passaient leurs agréables moments au cimetière, avaient décidé de lui ravir le sac pour voir ce qu’il y avait dedans.   Aussitôt l’avaient-ils ouvert qu’une horde de chiens aux têtes d’hommes avaient sauté en poussant des cris moqueurs et stridents accompagnés de rires hilarants. Puis ils s’étaient dispersés en un clin d’œil ; d’où, selon les misérables râleurs,    étaient nés tous les maux qui sévissaient à Zaytouna.  La souffrance   procréait implacablement l’affliction.

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23-12-2011

Le PANIER ET LE PARTI EP 52 CES MILITANTS PARTISANS MAKHZ2NIEN, A qui rendront les comptes???

tribunal. Rihane reçut la procuration de la famille lointaine pour se porter partie civile contre monsieur Halloul.

Ce dernier n’était pas un enseignant ordinaire .Politicien ,syndicaliste ,ami de l’administration, piston auprès  des administrations centrales, courtier de maisons et de voitures, ex censeur du collège, intellectuel qui présentait des exposés à toutes les  occasions   nationale  ,religieuse ou internationale. Des relations étroites avec le maghzen. Il était toujours un militant du parti du Croissant Jaune Vif. A la faculté, il faisait partie de la section estudiantine de ce parti, il s’était distingué plus particulièrement par sa capacité à encaisser des coups partout sur son corps de la part des étudiants. Il était nourri et logé dans des conditions dignes d’un militant qui court quotidiennement des risques .

Les années d’études terminées, Halloul fut affecté à Zaytouna pour servir son parti qui raflait chaque élection presque tous les sièges.  Sans convictions ni ambitions politiques, il risquait la dépression surtout au cours des années chaudes de l’activité gauchiste à Zaytouna. Il continuait d’interagir au gré des événements et selon des intérêts futiles qu’il réalisait. D’ailleurs beaucoup de ses semblables avaient eu un parcours beaucoup plus réussi sans piston ni relations et même avec des capacités culturelles au dessous des siennes.Tout le monde reconnaissait sa solide culture mais regrettait sa dépendance inexplicable à l’égard du parti secret de l’Administration et celui apparent du CJV. Il était un type proie à une déchirure atroce ; en possession d’une culture profonde qu’il arrosait quotidiennement, une culture fine et vaste voire très avant-gardiste mais se conduisant terre à terre sans pouvoir jamais lever sa voix devant les réactionnaires. Tout en déclarant   son athéisme, il ne pouvait prendre ses distances vis à vis de ce fameux parlementaire à qui on avait offert le siège volé à un autre candidat. Il voulait devenir l’homme le plus malin de Zaytouna, le meilleur vivant, le plus moderne …Il était difficile de comprendre un type comme lui. Il n’éprouvait aucune honte pour abuser des lycéennes  et pourtant le sexe n’était pas son problème. Et en violant Khadija, c’était dans cet esprit qu’il agissait. Le viol perpétré sur Khadija était l’expression d’une vengeance à l’égard des gens du maghzen ; une habilité, un pillage, un larcin…Seulement ; il n’avait pas pensé à ce que Ramdane et ses amis allaient lui causer .Des adversaires politiques qui avaient pris une initiative et advienne que pourra !

En apprenant l’intention du groupe, il continuait ses insultes et ses menaces. Mais tout tournait contre lui même quand il exprimait son désir d’étouffer le scandale. Le chef du cercle de la police l’avertissait afin qu’il cherche une solution à son problème. Les responsables du parti du Croissant Jaune Vif  contactés par lui   avaient dit qu’ils ne pourraient rien faire pour lui étant donné que toute la ville était au courant. Il sentit que toutes les portes étaient fermées à son nez ; il se dirigea au commissariat, promit par écrit d’épouser la fille et l’affaire n’arriva pas au juge.

Un mois plus tard, Khadija rejoignit le foyer de son ancien professeur de mathématiques.

A contre cœur peut- être, Halloul daigna laisser Khadija continuer ses études jusqu’à l’obtention du bac. Une victoire pour tout le monde. Avec son geste généreux, Halloul avait témoigné d’une sensibilité humaine très élevée et dès ce moment là il avait acquis beaucoup d’estime même parmi ses adversaires politiques.

Mêmes ceux qui expliquaient ce fait en révélant que le coup était monté par le chef de l’Administration Municipale et ses acolytes pour se distraire et se moquer de celui qui se prenait pour le plus intelligent des Zaytounis, admiraient l’attitude tolérante et compréhensive de Halloul

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13-12-2011

LE PANIER ET LE PARTI LES PAUVRES NE FONT PAS L’HISTOIRE?

« Ce ne sont pas les marginaux qui font l’Histoire ».

Et que peuvent faire les marginaux ? En réalité, chaque fois qu’il me répétait cette phrase il me secouait car je l’avais choisi pour être le héros de mon récit alors qu’il était irrévocablement condamné à vivre en tant que marginal. Moi même, et malgré tous mes efforts, j’ai été contraint de languir rongé par les tracasseries du quotidien .Je ne m’étais rendu compte de la permanence du clientélisme et du népotisme que trop tard ; c’est à dire au moment où j’étais incapable de me remettre en question. L’injustice de certains fonctionnaires protégés par des ministres dépravés malgré leurs prétentions progressistes m’avait rendu la vie amère. Amère est la vie consacrée à la quête des moyens d’une survie insipide et à la limite de la mort. Je devais être patient non pas pour m’assurer une vie de chien mais pour entretenir une existence trouée de certaines personnes que j’aimais. Marginal qui écrivait sur des marginaux alors que ces derniers ne font pas l’Histoire. Mais quand même, ces marginaux doivent avoir une place dans cette histoire qui ressemble à une momie exposée par ignorance au soleil qui la détruit. Et je dirais malgré tout : vive la marginalité ! Vive la liberté ! Vive Ramdane ! Vive la littérature !

 

Ramdaneet l’avocat, monsieur Rihane se concertèrent et se mobilisèrent pour porter l’affaire devant le tribunal. Rihane reçut la procuration de la famille lointaine pour se porter partie civile contre monsieur Halloul.

Ce dernier n’était pas un enseignant ordinaire .Politicien ,syndicaliste ,ami de l’administration, piston auprès des administrations centrales, courtier de maisons et de voitures, ex censeur du collège, intellectuel qui présentait des exposés à toutes les occasions nationale ,religieuse ou internationale. Des relations étroites avec le maghzen. Il était toujours un militant du parti du Croissant Jaune Vif. A la faculté, il faisait partie de la section estudiantine de ce parti, il s’était distingué plus particulièrement par sa capacité à encaisser des coups partout sur son corps de la part des étudiants. Il était nourri et logé dans des conditions dignes d’un militant qui court quotidiennement des risques .

Les années d’études terminées, Halloul fut affecté à Zaytouna pour servir son parti qui raflait chaque élection presque tous les sièges. Sans convictions ni ambitions politiques, il risquait la dépression surtout au cours des années chaudes de l’activité gauchiste à Zaytouna. Il continuait d’interagir au gré des événements et selon des intérêts futiles qu’il réalisait. D’ailleurs beaucoup de ses semblables avaient eu un parcours beaucoup plus réussi sans piston ni relations et même avec des capacités culturelles au dessous des siennes.Tout le monde reconnaissait sa solide culture mais regrettait sa dépendance inexplicable à l’égard du parti secret de l’Administration et celui apparent du CJV. Il était un type proie à une déchirure atroce ; en possession d’une culture profonde qu’il arrosait quotidiennement, une culture fine et vaste voire très avant-gardiste mais se conduisant terre à terre sans pouvoir jamais lever sa voix devant les réactionnaires. Tout en déclarant son athéisme, il ne pouvait prendre ses distances vis à vis de ce fameux parlementaire à qui on avait offert le siège volé à un autre candidat. Il voulait devenir l’homme le plus malin de Zaytouna, le meilleur vivant, le plus moderne …Il était difficile de comprendre un type comme lui. Il n’éprouvait aucune honte pour abuser des lycéennes et pourtant le sexe n’était pas son problème. Et en violant Khadija, c’était dans cet esprit qu’il agissait. Le viol perpétré sur Khadija était l’expression d’une vengeance à l’égard des gens du maghzen ; une habilité, un pillage, un larcin…Seulement ; il n’avait pas pensé à ce que Ramdane et ses amis allaient lui causer .Des adversaires politiques qui avaient pris une initiative et advienne que pourra

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12-12-2011

LES MARCHANDS DE FORTUNE DE ZAYTOUNA

 

 

Seuls ses amis éternels alignés le long de la clôture du parc abandonné gardaient leur méfiance. Ils s’entêtaient à ne pas croire à ce qui se déroulait devant eux bien que Ramdane continuat de les considérer comme étant incapables de s’ouvrir au nouveau monde qu’il était en train de fonder en compagnie des amateurs du cinéma au moyen de mots et de palabres .Ces marchands infortunés, témoins de toutes les transformations refusaient d’intégrer le ciné-club malgré les exhortations de Ramdane et leur proximité de la salle de projection. Les plus vieux d’entre eux comparaient la manifestation dominicale à celles qui avaient marqué le début de l’ère de l’indépendance du Royaume et auxquelles tous les jeunes de l’époque prenaient part .Ils affirmaient que ce n’était là qu’une ruse entretenue à l’époque par les plus intelligents afin de mettre main basse sur le pays et ériger une puissance à même de remplacer les colons. Mêmes les jeunes qui étaient comme eux issus des souches populaires, contribuaient inconsciemment et activement à duper leurs semblables. Par la suite seule une partie de cette catégorie a pu profiter de quelques miettes tandis que la plupart ont essuyé les déceptions.

Zaytouni, le plus instruit des marchands se présentait comme l’exemple des victimes qui avaient gaspillé leur temps au détriment de leurs intérêts et de ceux de leur famille :

« ces élèves, disait-il, dès qu’ils s’approprient de leurs postes, s’ils étudient bien ou s’ils ont de bonnes relations familiales, ils oublient tout et changent vite de rive. Ils deviennent dans la plupart des cas l’ennemi de leurs semblables de jadis. Ce sont eux qui dirigent les municipalités, les tribunaux, les écoles, allez voir ce qu’ils font, ils passent toute leur vie à amasser de l’argent par tous les moyens, ils oublient tout :leur origine, leur rêve et même ceux qu’ils connaissaient jadis.. . »

Des expériences qui les avaient amenées à ne croire à rien. Ils disaient qu’ils n’étaient pas aptes à servir une autre fois comme échafaudage à qui que ce soit. Ce type de conscience ne manquait pas évidemment de logique, or Ramdane voulait le saper coûte que coûte. Il le rejetait catégoriquement.

Et c’était là, à mon avis, l’une de ses erreurs fondamentales. Il s’agissait d’une vérité qui, bien que relative, était et est claire partout chez nous. L’individualisme exagéré, la cupidité, un goût illimité pour le luxe et l’absurde régnaient. Ce sont les fils du peuple qui montraient le plus de zèle pour mater et exterminer tout ce qui leur rappelle leur image d’autrefois.

Pour démontrer le peu de vérité que contenaient ces propos, Ramdane prit l’habitude de distinguer entre les idées et les personnes. Il disait souvent que Winston Tcherchel était le fils d’une famille ouvrière et pourtant il avait guidé l’état le plus capitaliste du monde tandis que Nikita Khroutchov, bien qu’il soit né dans une famille bourgeoise, a été président du premier état ouvrier du monde. Je ne savais pas où Ramdane allait chercher ces réponses sur mesure pour tout ce qui était embarrassant. De toute façon, il n’avait plus l’espoir de récupérer ses amis et les intégrer au ciné club.

Autrement dit, il n’avait plus rien en commun avec eux, et un profond fossé venait ainsi de se creuser entre lui et eux après celui qui existait déjà avec les amis du quartier. Ramdane venait donc de répudier un monde et de se marier avec un autre.

Les vendeurs des pépins, du pois chiches et des bonbons continuaient d’adorer les films de L’Inde et de Hon kong, leur attachement indéfectible au football. Une sorte de résignation et de reddition, aurait commenté Ramdane plus tard.

 

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13-11-2011

Ce QUE NOUS ETIONS A ZAYTOUNA OU EST L’AUTHENTIQUE ET OU EST LE TOC ? LE PANIER ET LE PARTI

Nous étions tous affiliés à la cause socialiste. Des adolescents communistes issus de milieux démunis de tout sauf de quelques souvenirs fanés sans lien réel avec la réalité. A maintes reprises, on nous faisait entendre certaines versions de l’histoire qui n’existent nulle part. Des fragments rebelles et non reconnus par la parole officielle.
Chacun avait sa propre histoire et sa propre patrie confectionnée de petits mensonges, de vils calculs, de haines, de rapacité, de mépris et d’égoïsme. Tout le monde contredit tout le monde ; à en juger par le nombre de nationalistes, de héros, de pieux et de militants, notre pays serait la vallée des Saints.

J’étais lycéen puis étudiant à l’université, Ramdane était garçon de café, nous nous entendions merveilleusement à propos de tous les sujets sauf celui de son zèle excessif pour le cadre politique où il s’était engagé. C’était un vrai mystique. Cela m’agaçait car il y avait chez nous trop de faux dévots et peu de véritables sages.
Et pourtant il me plaisait par sa manière extraordinaire de me parler de son patron anglais :
« Une coupe de whisky à la main, un sourire vilain, les poches pleines de dollars et de livres, il parlait et tapotait sur les épaules du docteur, notre maire. Celui-ci, et en présence du gouverneur, ne pourrait être qu’heureux. Il n’aurait qu’à consentir à signer les papiers indispensables à la réalisation du projet touristique qui verrait le jour sur le versant nord du mont aux myrtilles qui porte sur ses flancs notre ville ».

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Les idées extrémistes florissaient à cette époque à Zaytouna, peut-être ailleurs aussi, surtout parmi les étudiants qui partaient terminer leurs études dans les grandes villes. Nous étions de grandes masses qui se gonflaient d’année en année. Les taux de réussite avaient brusquement augmenté d’une manière spectaculaire et mystérieuse. La conjoncture sociopolitique de l’époque était ambiguë.

Après beaucoup de peine, Ramdane finit par convaincre un petit groupe de chômeurs et d’étudiants qui vivaient en marge des milieux enflammés de notre ville.

Deux années après, Il y eut les élections municipales, Ramdane s’y présenta et crut que la réussite était à sa portée. Mais il n’occupa que la seconde position derrière le candidat menchevik. Il fut parmi les premiers à le féliciter aussitôt les résultats proclamés.
Juste après, ce candidat contribua à éclater le groupe socialiste du conseil municipal. Il fut expulsé du parti en compagnie d’autres. Ce fut la déconfiture et la déception généralisées. Ces mencheviks, d’après l’appellation de Ramdane, étaient pendant longtemps de vrais militants, ils symbolisaient l’espoir et la volonté de libération pour la population. Les éléments exclus avaient trahi leur parti et la confiance des électeurs en contrepartie de certains privilèges.

On ne parlait alors que de révolution, d’émigration et des manœuvres suspectes des forces réformatrices et réactionnaires. Il n’y a même pas des cendres de ces années de fièvre et de rêves.
Il y en avait ceux qui avaient émigré, ils avaient réussi et avaient tout oublié. D’autres avaient passé à l’autre rive et exécutaient leur besogne avec beaucoup de zèle. Une autre catégorie est toujours en quête de quelques braises d’espoir ; on fouille partout pour dénicher ces graines devenues de plus en plus rares. D’autres, et ils sont peu nombreux, sont restés fidèles à eux-mêmes. Ils discutent, dérapent, insultent et désespèrent. Personne ne croit à leurs dires.

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07-11-2011

LES REPRESENTANTS DE ZAYTOUNA EN REUNION LE PANIER ET LE PARTI

Artiste représentations improvisées mais longtemps mûris dans les profondeurs et la solitude   pesante.

 

Au cours de nos moments de détente, il faisait preuve d’une finesse et d’une passion extraordinaires. C’est ce que je pense sincèrement. Et il serait devenu s’il l’avait voulu, un parfait charlatan, rien ne lui manquait pour briller. Peut être c’était là sa destinée, il était programmé pour embrasser une telle carrière. Il avait refusé, d’où tous les maux qu’il n’avait jamais cessé de subir.

 

Zbida, une femme qui   désirait se déconnecter du monde pour ne plus le sentir. Une tête vide et un parfait art de gérer le possible. Il pouvait la toucher quand il voulait ; elle était là, toujours prête à l’égayer. Elle racontait tout le temps des histoires qui avaient eu lieu à Zaytouna. Elle était détentrice de la topographie sexuelle perverse et secrète de cette ville creuse et piaffant comme une poule stérile en perpétuelle couvaison. Elle connaissait trop d’histoires drôles et insolites. Tous les notables l’avaient baisée.

 

 

 

Le kadi déchu et  la grande maison éclatée, Zbida et sa mère étaient contraintes d’aller louer une chaumière   sur le versant nord de la ville où il y avait encore des enclos et des vergers. Le chaume couvrait    les toits et la boue tapissait les ruelles. Des incendies éclataient quotidiennement pendant l’été. Pour subvenir à leurs besoins, la mère   s’était convertie en bergère et la fille s’embellissait et se prostituait. Il lui était arrivé de se marier plusieurs fois sans jamais avoir d’enfants. D’après Ramdane voici ce qu’elle disait de son deuxième mari, un certain Bouqal qui est considéré actuellement comme un grand notable élu même au parlement :

 

« À l’époque   , il était un grand marchand de bétail. Il soupesait les femmes comme si elles étaient des vaches, ce qu’elles pourraient coûter sur le marché. C’est à dire selon le plaisir qu’elles étaient capables de procurer aux hommes de passion. Malgré sa verge monumentale, il aimait s’étendre sur le ventre et me demander de monter sur lui, de le pincer et de lui enfoncer des bâtons dans l’orifice.  Et c’était pendant ces moments là que j’arrivais à extorquer de lui ce que je voulais. Il était avare   et répugnant  à cause de   son odeur du fumier et de sueur fermentée. En effet, c’était un mariage dans l’air. Il était impuissant et ne lâchait une pièce de monnaie qu’après avoir été frotté durement comme un hérisson. Je le tenais pour un épouvantail. Il fallait toujours faire semblant   d’être comme les autres. Mais moi j’avais mes préoccupations et mes plaisirs ailleurs. Avant de s’allonger devant moi comme un patient, il   bourdonnait comme une mouche. En réalité, des gens comme ce type ne pourraient même pas prétendre au statut de la mouche. Et j’ai oublié de te dire qu’il était le propriétaire de plusieurs boutiques de boucherie et de triperie. C’était lui qui détenait le monopole du commerce des entrailles animales chères aux pauvres. La boutique que j’exploite maintenant était sa propriété que l’Administration des Habous lui avait concédée pour le récompenser de  certains services secrets qu’il lui aurait rendu. Bouqal m’aimait bien et c’est pour cela qu’il m’avait offert le lieu où je gagne maintenant ma vie. Bien entendu, il fallait que je sois tout le temps à sa disposition ou même à celle de ceux qu’il voulait corrompre. Que Dieu maudisse  Satan ! J’ai servi même comme entremetteuse. Mahjouba, avant de se lier avec le tailleur, était sa petite amie et c’était moi qui la lui avais amenée. Eh oui Ramdane ! Pour pouvoir vivre et survivre dans ce pays, il faut être entremetteuse et proxénète, il faut rendre service aux Administrateurs des Habous ou aux agents de l’Administration Publique . C’est cela le secret de la réussite sociale. Bouqal obtenait souvent son orgasme furtivement comme s’il volait. Et c’était un sacré voleur. Mais l’argent trébuchant dans les poches lave et absout. Qui dirait au lion que sa bouche est répugnante ? Bouqal est considéré actuellement comme l’exemple même de la réussite sociale et politique. Y a-t-il une parole plus haute que la sienne dans toute Zaytouna et même ailleurs ?  Qui pourrait même le rencontrer ? Il faut prsenter une demande. Il y a très longtemps qu’il avait cessé de me rendre visite. Maintenant pour   se détendre et revigorer ses os, les petites prostituées qui ne dépassent par vingt ans sont partout. Que viendrait-il chercher chez une vieille biche qui traîne difficilement sa faim et sa peur derrière elle ? »

 

L’économe de la municipalité était un type odieux que toute Zaytouna connaissait pour le pillage et le vandalisme auxquels il procédait systématiquement à l’égard des petits commerçants. Ceux-ci à leur tour se vengeaient sur les pauvres consommateurs. Et les prix flambaient en comparaison avec tous les points environnant Zaytouna. Ramdane disait que Zbida évoquait ce fonctionnaire funeste en ces termes :

 

« Il aimait me masser pendant très longtemps avant de mettre un chiffon dans sa bouche car il se mettait à gémir, à geindre et à japper comme un chien affamé tremblant de froid. Il voulait coïter à la manière des chiens, il disait souvent qu’il vaut mieux se comporter comme un animal. Tous les hommes étaient maudits, y compris lui même. Il adorait pratiquer la perversion dans toutes ses versions. Et c’était un vrai dogue enragé qui passait toute sa journée à mordre. »

 

Zbida confiait à Ramdane avec beaucoup d’amertume et d’ironie que son vagin, s’il parlait, saurait révéler les histoires sexuelles les plus extravagantes de cette progéniture de prostituées qui avait happé le pain les droits et les rêves des pauvres. On aurait dit qu’ils étaient là pour montrer le vrai chemin à ceux qui voulaient échapper à l’emprise de la misère et de la faim.

 

Quant à la cicatrice qu’elle avait sur la joue gauche, Ramdane apprit de Zbida  qu’il s’agissait des séquelles d’un accident qu’elle avait eu  en compagnie de certains membres du conseil municipal. Un accident qui était entré dans les annales noires de Zaytouna. Zbida relatait l’histoire ainsi :

 

« Par un après midi de février, il faisait un temps à ne pas mettre un chien dehors et pourtant on m’avait embarquée avec eux à la forêt pour les servir. Ils étaient nombreux, tous ivres, les uns aux aguets des autres. Ils s’arrachaient tout ; les morceaux de viande, les bons d’essence, les uniformes des éboueurs. Ils s’arrachaient les yeux, les billets de banque, les verres de vin et même des pincées qu’ils m’appliquaient sur les fesses. Ils me prenaient pour une sourde-muette, mais moi je les connais bien : des voleurs, des vautours que Dieu a collés sur la peau des miséreux de Zaytouna. Ce jour là, ils s’étaient éloignés de Zaytouna pour discuter une affaire absurde concernant les feux de signalisation. Ils ronflaient tout en avalant viande et vin.

 

Quand Zeroual, le comptable de la municipalité nous a rejoint en compagnie de deux jeunes femmes, l’ambiance s’était échauffée davantage. L’un chatouillait le sexe de celle-ci, l’autre pinçait les seins de celle là ou mettait son doigt dans son orifice. Nul n’avait froid aux yeux. Finalement, il y avait des échauffourées par -ci, des rixes par- là. Tout le monde était ivre, on insultait le comptable municipal pour   avoir un grand ventre et un petit cœur. On tentait de l’agresser, il se mettait à s expliquer :

 

« Oh frère, je dois être poli avec les autres, vous croyez que tout se joue à Zaytouna ; celle-ci n’est qu’un Cercle du Département. Les bouches sont nombreuses, il y a  des ventres qui sont creux et ils disent que la pitance en provenance de Zaytouna a un avant-goût délicieux ;la baraka…Oh mes chers amis, il faut que vous soyez lucides, rien n’est légal dans toutes ces affaires . Eux ils sont capables de nous demander les comptes sans que personne ne puissent s’y opposer. Nous devons régler tous nos problèmes car il ne faut pas que cela dégénère. »  Et puis Abbas Ferras, ivre mort, s’était jeté sur l’économe et avait failli lui crever l’œil. Et c’était à ce moment là que Oueld Biyya Jloud m’avait sommé de tout laisser tomber et de me mettre derrière le volant. Abbas lâchant difficilement l’économe se jeta derrière. L’économe le poursuivit ; ils se battaient férocement. On ne m’avait même pas laissé le temps de riposter, j’avais reçu une gifle sur la joue, puis une raclée derrière ; il fallut que je conduise la voiture déjà en branle. Je continuais à croire que c’était une blague mais le fils de Biyya Jloud était tout à fait sérieux. Et j’avais conduit la voiture jusqu’au fond du précipice. On m’ordonnait de pousser par ci, de tourner pal là… Ils étaient tous morts sauf l’économe municipal qui avait miraculeusement survécu. Moi, comme j’avais oublié de fermer la porte, je fus basculée en dehors du véhicule avant qu’il ne sautât dans les fonds de l’abîme ».

 

 

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27-10-2011

Ayez pitié de vous-même, prenez la pastilla espagnole ! Le Panier et le Parti

 

 

 

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« Au nom de Dieu le Tout Clément, que la prière et la paix soient sur Sidna Mohammad. Dieu a crée les sciences et les a classées en deux parties : celles du corps et celles de la religion. Il a crée également trois cent soixante journées en une année et trois cent soixante articulations dans le corps humain. Priez tous sur Sidna Mohammad ! Elevez votre voix ! Quand j’ai installé mes affaires pour commencer mon travail,         certains m’ont apostrophé               et m’ont déclaré que ces remèdes qu’ils achetaient des halqas ne les guérissaient pas. Je leur ai répliqué, ils sont là, où sont-ils ? Oh oui toi la grosse tête, tu rigoles ha… Mais, fils de maudis, qu’est-ce que vous prenez ? Vous êtes bêtes, tellement bêtes qu’on doit se moquer de vous davantage . Avez-vous jamais utilisé mes médicaments, mes comprimés, mes pilules ? Regardez-les, ouvrez bien vos yeux ! c’est un produit espagnol. Franco le donne à ses soldats.

 

Ecoutez bien, oh race de malédiction ! Si par hasard, vous vous aventurez à le faire entrer           de l’Espagne, on vous couperait les couilles à la douane et on vous les servirait au petit déjeuner. Les Espagnoles n’aiment pas nous donner les bons produits.

 

Il s’agit d’une pilule qui n’est pas comme celles qu’on produit ici chez nous. Elle est produite par un chrétien qui pisse à la direction de la Mecque; il ne jeûne aucune minute pendant le ramadan, il n’a jamais mis les pieds dans une mosquée. Un impie, mais qui possède quelque chose d’extraordinaire qui nous fait défaut. Demandez-moi : c’est quoi ? Mais avant, vous devez prier sur Sidna Mohammad; trois qualités ont été conférées, à tord, peut-être, à trois types qui ne les méritent pas.

 

La première c’est la fidélité et la sincérité, elle a été octroyée aux chrétiens ; que Dieu les maudisse tous ! Un chrétien tient à sa parole et ne rate jamais ses rendez-vous tandis qu’un musulman, s’il vous fixe un rendez-vous pour tel ou tel jour, il faut compter sur un décalage d’une année au moins.

 

La deuxième, c’est l’économie et la beauté, des qualités happées par les ennemis d’Allah ; les juifs ; qu’ils soient tous envoyés  à l’enfer ! Les juifs nous fascinaient par leur beauté et nous vendaient tout ce qu’ils voulaient aux prix qu’ils voulaient. Oh quelle beauté possèdent les juifs ! ils en usaient et s’enrichissaient sur nos dos. Que Dieu les écrase tous ! dîtes amen ! Qu’il nous aide, nous musulmans, à maîtriser nos pulsions et nos folies !

 

La troisième qualité ? Vous ne vous êtes pas posé une question à son sujet. Allez ! Priez sur Sidna Mohamad ! Demandez-moi de vous la révéler ! Que Dieu ait vos parents en sa miséricorde ! Eh bien  commencez à compter sur vos doigts : le proxénétisme, le vol des babouches  à l’intérieur des mosquée aux heures de la prière, la médisance, la jalousie, la rancune , la traîtrise , la prostitution.. .De toute façon, remercions Dieu pour ses bienfaits ! Nous méritons tous les malheurs qui s’abattent sur nous ! Qu’il nous rende conscients de nos vices et de nos péchés !

 

Faîtes une petite expérience, apportez cette pastille à la pharmacie la plus proche, si le pharmacien ne s’émerveille pas à sa vue , vous me cracherez sur le visage.

 

Vous vous dîtes : mais à quoi sert-elle ? Prenez-la si vous souffrez des douleurs de la prostate, vous urinez difficilement, vous ne vous maîtrisez pas et vous êtes constamment obligés de renouveler vos ablutions. Si en vous prosternant pour prier Dieu, vous criez : « oh mon dos !» Si vous suffoquez en montant les escaliers.

 

Priez sur Sidna Mohammad et repentissez-vous ! La porte de la Clémence Divine n’est jamais close. On ne doit pas se gêner d’interroger les oulémas au sujet   de la religion; point de pudeur dans ce domaine, avait dit notre bien aimé prophète.

 

Pendant la nuit certains d’entre vous se trouvent impuissant de pénétrer leurs épouses licites. Un devoir qu’ils doivent accomplir sinon ils risqueraient d’être terrassés, eux et leurs partenaires, par le berger qui s’endort tranquillement dans le vestibule de la maison  près de son troupeau. Quelle honneur pour celui qui, d’entre vous, recommande à son épouse de lui mettre le doigt dans l’anus en vue d’une érection qui tarde à venir ?! Dans ce cas tu es semblable à une voiture qui ne peut démarrer faute de batterie. Le pénis n’est pas un hérisson   qui refuse de tendre son cou. Faîtes attention !  Que Dieu vous ait en sa miséricorde ! Si une fille consent à vous épouser, ce n’est pas pour les biens que vous possédez; le zellige couvrant les murs, les meubles en pure laine, les ustensiles argentés, mais c’est pour l’action. Dieu a dit dans son Livre Saint : « O Croyants, ne vous interdisez pas les plaisirs que Dieu vous a déclarés licites. »

 

 

 

Un jour, Sidna Mohammed était dans la mosquée en train de prêcher les bienfaits de certaines actions qui ont le même effet que l’aumône quand certains musulmans pauvres   s’étaient plaints à lui.  Car dans le cas évoqué seuls les riches profiteraient des récompenses célestes puisqu’ils sont capables de faire l’aumône.

 

Sidna Mohammad, que la prière et le salut soient sur lui, leur avait répondu : « chaque fois que vous faîtes œuvre de chair, vous faîtes une aumône ».

 

Et les musulmans pauvres de l’interroger : « comment ?! Nous satisfaisons nos désirs charnels et nous sommes récompensés par le Tout puissant ». Notre bien aimé leur répondit : « celui qui assouvit ses plaisirs charnels d’une manière illicite ne se charge-il pas d’un péché ? De même celui qui les satisfait d’une manière licite obtient une récompense ».

 

Point de pudeur en ce qui concerne la religion ! les joies de la chair dans ce bas monde doivent nous inciter à suivre le droit chemin tout en excitant nos désirs de jouir durablement dans l’au-delà. Sachez que les femmes   désirent beaucoup plus assouvir leurs désirs charnels que leur faim.

 

Priez sur le prophète et ouvrez vos yeux ! Faîtes gaffe à ce qui se vend dans les halqas : la plante silencieuse, la graine de la raison, la fleur de la figue de barbarie, la graisse des mouches de l’Inde, les poiles du rat orphelin, qui possède d’entre vous l’état civil des rats pour en connaître les parents !?  Les testicules des moustiques du Sahara, allez   cuire le tout dans de l’huile d’olive et prenez-en deux cuillerées le matin et deux autres le soir !! Votre ventre se gonflera et deviendra comme un tambour, vous passerez la nuit à péter, vous provoquerez la tempête dans le village, vous ferez éclater la baraque et puis vous boucherez les égouts. Le lendemain, tout le monde sera au courant de tout, on vous emmènera au commissariat pour vous déboucher et vous laver avec du gaz. Priez sur le prophète qui nous a apporté la religion !

 

Il y en a qui rassemblent les gens naïves autour d’eux et commencent à leur donner des leçons à propos de l’islam, méfiez-vous d’eux ! L’eau pour les ablutions, la place à la mosquée et la direction de la Mecque sont gratuits, qui pourrait dire le contraire ? Moi je ne vous demande pas d’acheter mes produits ; je n’ai pas besoin de vos centimes; et si vous le faîtes, que Dieu inflige à vos parents une peine de cent ans de réclusion ! Vous croyez que vous allez m’enrichir avec vos deux dirhams, eh bien détrompez-vous, je suis riche, regardez ce que j’ai dans la poche !

 

Il y en a d’entre vous qui parlent du savoir et croient que je suis un parasite dans ce domaine, qu’il sache que je suis diplômé de la Karouiyne ! Regardez mon certificat ! Un faqih n’est pas celui qui porte un djellaba et une longue barbe  à laquelle on peut attacher des tresses d’oignons, celui  qui prononce des versets coraniques à tort et à travers et dont il ne sait même pas le sens comme l’âne qui porte des livres . Ou celui qui se prend pour Sidna Moussa, un messager de Dieu, ou qui se croit intouchable. Sidna Mohammed est le sceau des prophètes, tous ceux qui sont venus après lui appartiennent au commun des mortels. Il y a les Saints d’accord, mais il faut les prendre comme un modèle et non pas les diviniser.

 

Faîtes attention à ceux qui cultivent la haine et la bêtise ! Ici juste à côté de nous, il y en a qui refusent de croire que l’homme a pu arriver sur la lune, ils disent :

 

« Dieu ne peut accepter cela ».

 

Je leur dirais s’ils m’écoutent :

 

« Dieu le Tout puissant va vous mutiler pour vous empêcher d’aller manger chaque jour la purée de fèves chez Père Al Mokhtar. Y a-t-il un crime aussi crapuleux que  de nier les évidences, de mettre toutes les bêtises sur le compte d’Allah ? Allah est innocent de votre ignorance, de votre stupidité oh race de bougres ! Qu’avez-vous apporté à l’humanité ? Vous assouvissez votre faim dans le verger du juif que vous ne cessez de maudire !

 

Quelle honte ! Pour rapiécer nos   loques, il faut importer l’aiguille de la Chine ; pour voyager, on utilise les voitures fabriquées par les mécréants ; pour se soigner on a recours aux médicaments des impies ; pour connaître ce qui se passe dans le monde on utilise les transistors des japonais. Ces derniers à qui notre Royaume exporte des boites de sardines qu’ils recyclent en postes de radio et nous les renvoient.

 

Dîtes-moi, que Dieu vous éveille de votre sommeil !   Combien coûte une boite de conserve de sardines et combien coûte un transistor ? Combien nous faut-il de boites de sardines pour se procurer un poste de radio ?

 

 

 

Moi, j’ai conduit des dizaines de voitures, si vous savez lire voici mon permis de conduire. Toi, lis cette date ! Et vous, regardez également mon passeport et les pays étrangers que j’ai visités, vous croyez que je ne connais pas le monde. Je suis de Zaytouna, quarante de mes aïeux sont   enterrés dans ce cimetière auquel nous nous dirigerons tous.

 

Ayez pitié de vous-même, prenez la pastilla espagnole ! Ne vous laissez pas arnaqués par les pseudo médecins et les faux dévots ! Ce n’est qu’une réclame, le prix que vous allez payer aujourd’hui n’est même pas celui d’achat, je vous en fais cadeau car je suis dans ma ville natale ; que ses saints nous bénissent tous ! Dîtes amen !

 

Attend toi ! Je viens tout de suite, attends-toi aussi, je commence par ceux qui sont tout près, ne vous vous bousculez pas, il y aura pour tout le monde. »

 

 

 

 

 

Ramdane se prit dans une hilarité délirante, un fou rire le gagna au point de le faire tomber par terre. Il se calma et me demanda s’il n’était pas apte à organiser la halqa la plus captivante du monde. Je l’admirai en louant son talent de comédien. Beaucoup de personnes à Zaytouna le prenaient pour un parent ou un associé des frères de Mahjouba. Il accompagnait surtout le cadet qui ne réussissait pas souvent son entreprise. Il assistait presque toujours à la même scène.

 

L’aîné, souvent en état d’ébriété avancée, venait à la rescousse de son frère dans l’embarras, lui arracha le micro en lui murmurant dans l’oreille : « oh mon frère est-ce ainsi qu’on crée une halqa ? De cette manière là, tu ne pourras même pas gagner, vers la soirée, de quoi acheter un litre du vin rouge ; donne-moi ce micro ! »

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22-10-2011

Le symbole d’un lumpen prolétariat que les jeunes amateurs de la culture et du cinéma voulaient brandir en guise d’une action réussie dans une société qui s’effritait dans l’indifférence totale

L’année suivante, le ciné-club perdait beaucoup de sa fougue et de sa fraîcheur à cause du départ de certains cadres de la ville et des nouveaux bacheliers pour les villes universitaires. Les problèmes de gestion et d’encadrement se multiplièrent. Ramdane, qui devenait dans ces conditions, un pivot, déployait beaucoup d’efforts et faisait beaucoup de sacrifices, mais il n’arriva pas à maintenir l’association en vie. L’expérience du comité de la Marche Verte se répétait mais dans un autre sens bien que le sort soit le même. La disparition. Exclu du comité des Marcheurs sans obtenir aucune faveur comme ses semblable, il recouvra quand même, son équilibre et fut ainsi exempté de se présenter à chaque fête à la municipalité pour prononcer un discours de remerciement et de gratitude en sa qualité du Plus Jeune Volontaire. Il ne défilait plus muni de son paquetage devant l’estrade où prenaient place les responsables et les notables dans la grande place de Zaytouna. Il était devenu un maudit, un rebelle.

 

Et il ferma volontairement cette parenthèse qu’il allait ouvrir plus tard. Ce qui le préoccupait c’était Sakina, elle était à ses yeux tout à la fois : le rêve et la réalité, la vérité et le mensonge, la Marche Verte et le Ciné-club, Mahjouba et le cinéma.

Elément récalcitrant pour les responsables, simple d’esprit pour les marchands de pépin et de pois chiches. Politicard, faussaire, promoteur d’illusions ; Ramdane était tout cela à la fois. Il n’avait plus de relation avec le comité des Marcheurs mais il obtenait toutes les informations concernant leurs travaux grâce   à Zbida, une femme qui tenait un petit café juste au-dessous du local de l’Amicale des Marcheurs et qui leur apportait des verres de thé quand ils se trouvaient en réunion. Cette femme très sympathique qui s’efforçait de transformer les malheurs, aussi profonds soient ils, en source de comique. D’ailleurs, et comme elle n’hésitait pas à le déclarer elle même à tort et à travers, elle ne s’était jamais montrée rétive face à quiconque voulant louer ses charmes. Il lui était arrivé de croiser sur le chemin de son sort celui de Mahjouba, c’était au moment où cette dernière était en pleine chute. Cette femme jouait involontairement l’espionne  pour Ramdane. Mais Ramdane négligeait complètement tout ce qu’elle lui apportait à propos de ce comité qu’il avait arraché de son esprit depuis belle lurette. En effet, il voulait des informations relatives au devenir de Sakina dont zbida était une cousine lointaine.

Et c’était ainsi qu’il avait appris que la famille avait subi la pression   de certains éléments agissant pour que la    fille rompe avec le garçon. Il y avait d’abord un fameux imam et enseignant qui avait daigné contacter la famille pour la première fois .Il était chargé de lui transmettre le contenu d’un certain avertissement émanant des autorités de la ville. Ces derniers  voyaient très mal la fréquentation par leur fille d’un garçon de café presque analphabète et communiste. Ils n’admettaient point que des filles aillent aux cafés. La cousine raconta à Ramdane comment Sakina avait rejeté toutes les présomptions et avait scandalisé aussi bien le quartier que la famille en criant tout haut qu’elle était libre d’agir comme il lui plaisait. Elle répétait   que tout le monde se trompait à son sujet.

Le fameux imam était promu à cette époque au poste de Contrôleur Général de Zaytouna. . Il devait surveiller les mœurs et les prix ; la vente de l’alcool, les prix des aliments de première nécessité, la qualité des huiles d’olives et des produits artisanaux. En un mot, on lui avait permis d’être omniprésent à Zaytouna. Avant, il avait été élu au conseil municipal de la ville.

Deux décennies après on le trouverait parrain d’un parti fondamentaliste après être devenu une personnalité   au dessus de tout soupçon à Zaytouna. Les gens le craignaient.

C’était Zbida qui parlait tout le temps de ce fqih. Elle avait même raconté à Ramdane une mésaventure qu’elle avait eue en sa compagnie. Le fqih avait même convoqué toute la famille chez lui, y compris Sakina, et c’était à partir de ce moment là que la fille avait changé de comportement avant même de réussir au bac et de partir pour la capitale.

Cette femme avisait également Ramdane des complots que tentaient certains Marcheurs pour d’autres, les traquenards que les uns tissaient pour les autres. Elle cherchait avant tout d’égayer Ramdane qu’elle respectait beaucoup. Elle l’invitait même chez elle et ne ménageait rien pour lui faire plaisir. Elle avait une fille adoptive que Ramdane affectionnait et tentait d’aider dans la mesure de ses possibilités.

 

L’intimité de Ramdane était alors aménagée de spectres et des femmes qui tournoyaient. Les unes apparaissaient inertes et étendues, détachées de leur existence, les autres  ascendantes et descendantes comme des stalactites et stalagmites dans une grotte. Une brume dense qui s’emparait des horizons les jours ennuyeux, des agrégats sur lesquels se casse les rêveries et les souffles.

Mahjouba traînait   ses illusions et ses folies, elle élisait domicile le plus souvent chez Zbida , laquelle lui offrait généreusement de chauds bols de soupes au céleri  et aux pois chiches, des tasses de café et de thé. Elle était prête à accompagner n’importe qui. Parfois Ramdane payait pour elle à son insu mais le plus souvent Zbida  refusait de recevoir quoi que ce soit en disant que Mahjouba était une sœur à eux tous.

Des amours immergés dans des slogans, le tout partait en éclat dès qu’il se recollait. Même le ciné club   était  devenu des ruines  où des paroles  usées et rouillées étaient jonchées partout, un chantier abandonné  planant dès le départ entre le ciel et la terre, sans dômes ni plate forme. Il était devenu inaccessible car inexistant. Les amours morts nées et cette vérité amère sortant de la bouche des marchands de pépins qui s’obstinaient à ne rien croire, à ne croire qu’à l’incroyable.

Le symbole d’un lumpen prolétariat que les jeunes amateurs de la culture et du cinéma voulaient brandir en guise d’une action réussie dans une société qui s’effritait   dans l’indifférence totale. Tout le monde aimait côtoyer Ramdane qui était différent de tous les autres, un être hybride étranger partout sauf en compagnie des femmes éventrées et terrassées comme Zbida et Mahjouba.

Sakina était la plus géniale dans ce jeu de mensonge et de passion. Elle était pionnière ; sans grande beauté, elle avait pu le happer et se servir de lui pour tester, peut être, ses capacités de décrypter les exigences de la conjoncture grande ouverte sur toutes les éventualités.

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16-10-2011

LE PANIER ET LE PARTI .COMMENT ON FAISAt la politique il y atrente ans . LETTRE ouverte aux militants d’hier!!

Quelques jours après son arrivée à la capitale, Ramdane eut l’impression d’avoir franchi un pas décisif dans sa vie. Tous ceux qu’il ne connaissait alors que par ouie dire lui devenaient familiers. Des camarades très proches. Lui-même avec son drôle de nom et son accent zaytouni devenait très connu au sein de l’élite du parti qu’il subjuguait par son dévouement extrême et son zèle débordant. Il était comblé de bonheur pour avoir l’occasion de passer la nuit avec les ténors du communisme tels Lénine, Marx et Engels dont les posters géants couvraient les murs.

 

De cette époque là, je conserve une lettre qu’il m ‘avait envoyée de la capitale et dont voici quelques passages :

 

« Cher ami, tu me manques vraiment car en ta présence je pouvais au moins réfléchir et  rêver à haute voix. Ici, je suis tellement heureux que ma joie déborde sur tous ceux qui m’entourent. Je surprends tout le monde par l’entrain et l’euphorie qui m’emportent. J’ai même préparé le thé pour la réunion du comité central des femmes du parti. Et celle qui m’a aidé n’était autre que l’épouse de l’un des illustres cadres du parti. Tous les camarades sont sympathiques avec moi. Rien ne me manque. J’ai même de quoi mettre dans mes poches pour sortir me promener en ville. J ‘ ai rencontré le chef de la tente où j’ai passé mon séjour lors de la Marche Verte. Il est devenu commerçant et s’était rappelé de tous nos souvenirs surtout du caïd qui avait voulu nous priver de notre pitance pour la revendre et que nous avions ligoté  à un camion pour le mettre en dehors de l’état de nuire.

 

Monsieur Moutani que tu connais un peu, c’est lui qui m’a rendu visite à Zaytouna ; est un drôle de type; je l’accompagne presque quotidiennement jusqu’à sa demeure. Il est devenu trop myope pour pouvoir conduire la voiture surtout pendant la nuit. Quand il sort de son travail, il passe au local puis il me demande de l’accompagner car il ne pouvait même pas déchiffrer les plaques minéralogiques. Quand nous arrivons jusque chez lui, il me remercie. Parfois, il me donne de quoi payer un billet de bus, parfois, _il oublie. Jamais d’invitation chez lui. Il est trop sérieux mais a l’air insatisfait. Je me trouve souvent obligé de faire seul le chemin de retour au local à pied. Pour raccourcir le long chemin, je dois passer par la forêt. Ce qui me rappelle Zaytouna et ses arbres. Les brousses épaisses qui ne nous faisaient jamais peur. Celle par laquelle je passe est faite de hauts arbres disposés symétriquement. Des thuyas et des eucalyptus que personne ne découpe contrairement à nos mûriers déracinés sans raison par le fameux Administrateur qui voulait sceller l’histoire de Zaytouna.

 

Parfois, je rencontre des ivrognes et des clochards. J’ai peur d’être agressé, mais j’anticipe toujours le salamalek et rien ne m’est arrivé jusqu’à aujourd’hui.

 

Un jour je passais à côté d’un petit groupe de jeunes qui étaient en train de boire. L’un d’eux m’appela et insista pour que je boive. Je fus contrains de lui répondre. Il faisait noir. J’ai marché jusqu’à eux, l’un d’eux me tendit un verre, je refusai poliment. Ce qui déclencha le fou rire d’un autre. Ils commencèrent à me traiter délicatement. Mon accent zaytouni excita celui qui était à l’écart ; il me demanda de quelle ville j’étais. Je lui répondis que j’étais de Zaytouna. Il me fixa dans les yeux. Je le reconnus, c’était Moulay Bousselham; oui comme si tu l’avais vu de tes propres yeux. Il essaya de vérifier ma réponse et finit par s’en assurer. Il me demanda ce que je faisais dans la capitale. Je lui répondis que je travaillais pour le parti du Soleil Doux. Il rigola et me confia qu’il ne comprenait rien de ce travail. Il sembla s’apitoyer sur mon sort. Lui, il était en fuite. La police le recherchait. Il fallait le tranquilliser sinon je devais craindre pour ma vie. Je feignis ne pas le reconnaître. Mais il se présenta et jura de retourner   à Zaytouna pour régler les comptes à certains responsables qui avaient rendu la vie infernale à des membres de sa famille. Ensuite, il s’enquit de mon origine familiale. Quand il apprit que j’étais de la famille de Ben Chaabane, il sympathisa davantage avec moi, il reconnut mon père et le café où il travaillait. Dernièrement, quelqu’un m’a dit que Moulay Bousselham était déjà parti en Italie et il avait envoyé à ses ennemis de Zaytouna des lettres contenant des lames de rasoir.

 

 

 

Un autre jour, en me faufilant entre les arbres de cette forêt, je me trouvais face à un couple qui faisait l’amour en plein air ; ils étaient presque nus alors que c’était encore le printemps. Ils étaient peut-être ivres ou drogués, ils ne daignèrent même pas me regarder.

 

 

 

Une autre nuit, j’empiétai de plein pied un amas d’excréments. Ecœuré, j’enlevai mes souliers et je marchais jusqu’au fleuve ; je fus blessé. Il faisait nuit. Une nuit sans lune. Je ne pus avancer. Je m’arrêtai pour relever les morceaux de verre de la paume des pieds. Je touchai involontairement mes souliers. Je vomis. Je fus tellement dégoûté que je faillis perdre conscience. Ensuite, je me mis debout et je descendis au fleuve en courant comme un diable. Je me lavai, puis je regagnai le pont. En route vers le centre ville, je fus embarqué   par la police dans une fourgonnette sans me demander aucune explication. Je passais la nuit au commissariat. Ce fut   le comble de mes ennuis, je ne pus fermer les yeux. Le lendemain, je passai dans le bureau de monsieur le commissaire qui n’était autre que Sellam Jebli, un des camarades de mon frère Badr. C’était lui qui m’avait accueilli à la maison quand j’étais allé m’enquérir du sort de mon frère enlevé. Il fit semblant de ne pas me reconnaître mais il me libéra sur le champ sans me poser aucune question.

 

C’était une nuit inoubliable à cause de l’honorable monsieur Moutani que je pardonne de tout mon cœur.

 

Tu connais le grand écrivain monsieur Sbai, il est intellectuellement et idéologiquement puissant mais seule une minorité le comprend et partage ses points de vue.

 

J’ai déjà entamé mon auto apprentissage de la dactylographie. Cette lettre que tu es en train de lire, je l’ai écrite moi-même. Parfois, je ne trouve rien à faire et je me mets à copier avec beaucoup de passion des pages entières du quotidien du parti. J’ai lu également le grand ouvrage de Marx et Engels : « L’idéologie allemande ». J’ai pu retenir que dans les sociétés où règnent les injustices, le droit est une valeur en lui-même. C’est pour cela que chez nous certains vendent la vache pour financer un procès en vue de récupérer une poule volée. C’est ainsi que je comprends les choses.  J’ai lu aussi que les paysans français sont comme des sacs de pommes de terre, que penses- tu des nôtres ?

 

En ce qui me concerne, j’ai fait connaissance avec certains paysans qui m’avaient vraiment ébloui par leurs convictions communistes et leur histoire militante glorieuse. Un certain Benali, un vieillard habitant le même département que nous, utilise une rhétorique très vive pour parler de ce qu’endurent les fellahs face aux grands propriétaires. L’Administrateur local a fini par le châtier corporellement d’une manière systématique chaque fois qu’il ose exprimer un point de vue hostile au féodalisme et aux injustices sociales. Ce qui est étrange, en effet, c’est que cette correction que notre militant reçoit, se fait toujours dans une ambiance à moitié sérieuse à moitié légère et en présence du grand public qui n’ose point dénoncer ces pratiques humiliantes.

 

Ce vieux connaît bien Zaytouna. Entre nous, quand il vient à la capitale, il passe la nuit en ma compagnie au local. Il me dit sur un ton distrayant que notre ville Zaytouna est une vieille poule qui ne pourrait plus pondre malgré son bec de bronze, son air sage   et sa couvaison éternelle.

 

Celui que je n’oublierai jamais est un certain Maati, un géant malvoyant, il distribuait ses paroles comme si c’étaient des bonbons qui font beaucoup de plaisir aux enfants que nous sommes. Il représente la première génération des paysans prolétaires rompus à la cause communiste.

 

J’attends ton arrivée ici, toi tu pourras bien te comprendre avec les camarades ; il y a mêmes des poètes et des journalistes. Allez décide-toi et viens vite. Je n’ai pu rencontrer Sakina malgré tous mes efforts…  ».

 

 

 

 

 

Cette très longue lettre qu’il avait écrite à des moments intermittents ne m’avait jamais aidé à répondre à la question qui m’avait toujours taraudé : quelles étaient les illusions exactes de Ramdane ? Jusqu’à quelles limites était- il responsable des déboires qu’il ne cesse de subir ?

 

 

 

 

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16-10-2011

LE PANIER ET LE PARTI .Comment on faisait la politqiue il ya trente ans .lettre aux militants d’hier.

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Quelques jours après son arrivée à la capitale, Ramdane eut l’impression
d’avoir franchi un pas décisif dans sa vie. Tous ceux qu’il ne connaissait
alors que par ouie dire lui devenaient familiers. Des camarades très proches.
Lui-même avec son drôle de nom et son accent zaytouni devenait très connu au
sein de l’élite du parti qu’il subjuguait par son dévouement extrême et son
zèle débordant. Il était comblé de bonheur pour avoir l’occasion de passer la
nuit avec les ténors du communisme tels Lénine, Marx et Engels dont les posters
géants couvraient les murs.

 De cette époque là, je conserve une lettre
qu’il m ‘avait envoyée de la capitale et dont voici quelques passages :

« Cher ami, tu me manques
vraiment car en ta présence je pouvais au moins réfléchir et  rêver à haute voix. Ici, je suis tellement
heureux que ma joie déborde sur tous ceux qui m’entourent. Je surprends tout le
monde par l’entrain et l’euphorie qui m’emportent. J’ai même préparé le thé
pour la réunion du comité central des femmes du parti. Et celle qui m’a aidé
n’était autre que l’épouse de l’un des illustres cadres du parti. Tous les
camarades sont sympathiques avec moi. Rien ne me manque. J’ai même de quoi
mettre dans mes poches pour sortir me promener en ville. J ‘ ai rencontré le
chef de la tente où j’ai passé mon séjour lors de la Marche Verte. Il est
devenu commerçant et s’était rappelé de tous nos souvenirs surtout du caïd qui
avait voulu nous priver de notre pitance pour la revendre et que nous avions
ligoté  à un camion pour le mettre en
dehors de l’état de nuire.

 
Monsieur Moutani que tu connais un peu, c’est lui qui m’a rendu visite à
Zaytouna ; est un drôle de type; je l’accompagne presque quotidiennement
jusqu’à sa demeure. Il est devenu trop myope pour pouvoir conduire la voiture
surtout pendant la nuit. Quand il sort de son travail, il passe au local puis
il me demande de l’accompagner car il ne pouvait même pas déchiffrer les
plaques minéralogiques. Quand nous arrivons jusque chez lui, il me remercie.
Parfois, il me donne de quoi payer un billet de bus, parfois, _il oublie.
Jamais d’invitation chez lui. Il est trop sérieux mais a l’air insatisfait. Je
me trouve souvent obligé de faire seul le chemin de retour au local à pied.
Pour raccourcir le long chemin, je dois passer par la forêt. Ce qui me rappelle
Zaytouna et ses arbres. Les brousses épaisses qui ne nous faisaient jamais
peur. Celle par laquelle je passe est faite de hauts arbres disposés
symétriquement. Des thuyas et des eucalyptus que personne ne découpe
contrairement à nos mûriers déracinés sans raison par le fameux Administrateur
qui voulait sceller l’histoire de Zaytouna.

 
Parfois, je rencontre des ivrognes et des clochards. J’ai peur d’être
agressé, mais j’anticipe toujours le salamalek et rien ne m’est arrivé jusqu’à
aujourd’hui.

 
Un jour je passais à côté d’un petit groupe de jeunes qui étaient en
train de boire. L’un d’eux m’appela et insista pour que je boive. Je fus
contrains de lui répondre. Il faisait noir. J’ai marché jusqu’à eux, l’un d’eux
me tendit un verre, je refusai poliment. Ce qui déclencha le fou rire d’un
autre. Ils commencèrent à me traiter délicatement. Mon accent zaytouni excita
celui qui était à l’écart ; il me demanda de quelle ville j’étais. Je lui répondis
que j’étais de Zaytouna. Il me fixa dans les yeux. Je le reconnus, c’était
Moulay Bousselham; oui comme si tu l’avais vu de tes propres yeux. Il essaya de
vérifier ma réponse et finit par s’en assurer. Il me demanda ce que je faisais
dans la capitale. Je lui répondis que je travaillais pour le parti du Soleil
Doux. Il rigola et me confia qu’il ne comprenait rien de ce travail. Il sembla
s’apitoyer sur mon sort. Lui, il était en fuite. La police le recherchait. Il
fallait le tranquilliser sinon je devais craindre pour ma vie. Je feignis ne
pas le reconnaître. Mais il se présenta et jura de retourner   à Zaytouna pour régler les comptes à
certains responsables qui avaient rendu la vie infernale à des membres de sa
famille. Ensuite, il s’enquit de mon origine familiale. Quand il apprit que
j’étais de la famille de Ben Chaabane, il sympathisa davantage avec moi, il
reconnut mon père et le café où il travaillait. Dernièrement, quelqu’un m’a dit
que Moulay Bousselham était déjà parti en Italie et il avait envoyé à ses
ennemis de Zaytouna des lettres contenant des lames de rasoir.

 

 
Un autre jour, en me faufilant entre les arbres de cette forêt, je me
trouvais face à un couple qui faisait l’amour en plein air ; ils étaient
presque nus alors que c’était encore le printemps. Ils étaient peut-être ivres
ou drogués, ils ne daignèrent même pas me regarder.

 

Une autre nuit, j’empiétai de
plein pied un amas d’excréments. Ecœuré, j’enlevai mes souliers et je marchais
jusqu’au fleuve ; je fus blessé. Il faisait nuit. Une nuit sans lune. Je ne pus
avancer. Je m’arrêtai pour relever les morceaux de verre de la paume des pieds.
Je touchai involontairement mes souliers. Je vomis. Je fus tellement dégoûté
que je faillis perdre conscience. Ensuite, je me mis debout et je descendis au
fleuve en courant comme un diable. Je me lavai, puis je regagnai le pont. En
route vers le centre ville, je fus embarqué  
par la police dans une fourgonnette sans me demander aucune explication.
Je passais la nuit au commissariat. Ce fut  
le comble de mes ennuis, je ne pus fermer les yeux. Le lendemain, je
passai dans le bureau de monsieur le commissaire qui n’était autre que Sellam
Jebli, un des camarades de mon frère Badr. C’était lui qui m’avait accueilli à
la maison quand j’étais allé m’enquérir du sort de mon frère enlevé. Il fit
semblant de ne pas me reconnaître mais il me libéra sur le champ sans me poser
aucune question.

 
C’était une nuit inoubliable à cause de l’honorable monsieur Moutani que
je pardonne de tout mon cœur.

 
Tu connais le grand écrivain monsieur Sbai, il est intellectuellement et
idéologiquement puissant mais seule une minorité le comprend et partage ses
points de vue.

 
J’ai déjà entamé mon auto apprentissage de la dactylographie. Cette
lettre que tu es en train de lire, je l’ai écrite moi-même. Parfois, je ne
trouve rien à faire et je me mets à copier avec beaucoup de passion des pages
entières du quotidien du parti. J’ai lu également le grand ouvrage de Marx et
Engels : « L’idéologie allemande ». J’ai pu retenir que dans les sociétés où
règnent les injustices, le droit est une valeur en lui-même. C’est pour cela
que chez nous certains vendent la vache pour financer un procès en vue de
récupérer une poule volée. C’est ainsi que je comprends les choses.  J’ai lu aussi que les paysans français sont
comme des sacs de pommes de terre, que penses- tu des nôtres ?

 
En ce qui me concerne, j’ai fait connaissance avec certains paysans qui
m’avaient vraiment ébloui par leurs convictions communistes et leur histoire
militante glorieuse. Un certain Benali, un vieillard habitant le même
département que nous, utilise une rhétorique très vive pour parler de ce
qu’endurent les fellahs face aux grands propriétaires. L’Administrateur local a
fini par le châtier corporellement d’une manière systématique chaque fois qu’il
ose exprimer un point de vue hostile au féodalisme et aux injustices sociales.
Ce qui est étrange, en effet, c’est que cette correction que notre militant
reçoit, se fait toujours dans une ambiance à moitié sérieuse à moitié légère et
en présence du grand public qui n’ose point dénoncer ces pratiques humiliantes.

 
Ce vieux connaît bien Zaytouna. Entre nous, quand il vient à la
capitale, il passe la nuit en ma compagnie au local. Il me dit sur un ton
distrayant que notre ville Zaytouna est une vieille poule qui ne pourrait plus
pondre malgré son bec de bronze, son air sage  
et sa couvaison éternelle.

 
Celui que je n’oublierai jamais est un certain Maati, un géant
malvoyant, il distribuait ses paroles comme si c’étaient des bonbons qui font
beaucoup de plaisir aux enfants que nous sommes. Il représente la première
génération des paysans prolétaires rompus à la cause communiste.

 J’attends ton arrivée ici, toi tu pourras bien
te comprendre avec les camarades ; il y a mêmes des poètes et des journalistes.
Allez décide-toi et viens vite. Je n’ai pu rencontrer Sakina malgré tous mes
efforts…  ».

 

 

Cette très longue lettre qu’il
avait écrite à des moments intermittents ne m’avait jamais aidé à répondre à la
question qui m’avait toujours taraudé : quelles étaient les illusions exactes
de Ramdane ? Jusqu’à quelles limites était- il responsable des déboires qu’il
ne cesse de subir ?

 

 

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12-10-2011

AU CINE-CLUB De ZAYTOUNA L’AMOUR IMPOSSIBLE EP45 LE PANIER ET LE PARTI

 

Et pourtant il était plus sensible à l’appel de Sakina, une jeune adolescente qui ne jurait que par les droits de la femme, l’instauration du régime socialiste et le cinéma d’auteurs. Une fille turbulente et intrépide, on dirait une vraie cote tordue d’Adam .Une négation complète de Mahjouba. Ce n’était pas une beauté mais sa langue la rendait splendide   et fascinante surtout aux yeux de Ramdane. Il s’habituait à prendre part à son petit groupe dont elle était leader. Il observait à sa guise la maestria de celle qui ne quittait plus son imagination. De son côté, Sakina admirait chez Ramdane sa prédisposition à assimiler et à adopter les idées neuves ; toutes les paroles étaient pour lui des plumes dessinant des réalités possibles surtout quand elles sortaient de la bouche   de celle qui hantait son existence. Quand la salle s’embarquait dans les ténèbres    afin de pouvoir s’engloutir de flots d’images, il prenait place à côté d’elle. C’était elle qui lui réservait cette place. Lors des discussions attisées le plus souvent par les interventions de Sakina, Ramdane la couvrait, la défendait, étayait et explicitait sa logique, rabâchait ses idées, il était là pour la soutenir jusqu’au bout.  Tantôt, il s’efforçait de manier la parole au point    de ne point pouvoir lier l’idée à l’expression ;   tantôt il avait recours à une rhétorique plate ou   incongrue ; tout le monde l’encourageait sans oser lui parler franchement et objectivement. On disait qu’il était une image de marque pour l’association ayant pour but de s’implanter davantage dans la société. Une sorte d’emblème publicitaire pour l’autosatisfaction. En tête-à-tête avec quelqu’un, Ramdane écoutait plus qu’il ne parlait. Les deux jeunes personnes se fixaient des rendez-vous en pleine Zaytouna et se promenaient pendant très longtemps .Quelque chose qu’on ne pouvait pas imaginer à cette époque dans une telle ville. Une fille portant un jeans et des espadrilles, se pliait pour boire de l’eau  versée dans ses paumes chaque fois qu’elle passait devant une fontaine publique. Elle avait même le courage et l’audace de venir le voir dans le café au grand dam de la société toute entière. Parfois, ils restaient cloués devant les vendeurs de pépins et de bonbons.

 

Que de bonheur et de plaisir ressentait Ramdane ! Une fierté même !Ramdane voulait peut-être associer ses éternels amis  à son bonheur, peut-être  il désirait leur montrer qu’un autre monde était possible, d’autres rapports entre les femmes et les hommes devaient être bâtis. Sakina lui expliquait le plus souvent certains phénomènes historiques ou culturels. Mais en réalité, elle voulait saisir l’occasion pour se remémorer ses cours d’histoire ou de philosophie. Ramdane appréciait beaucoup son savoir. À toutes ses questions, la jeune fille répondait en fournissant beaucoup de détails. Elle lui passait même des livres pour approfondir ses connaissances et assouvir sa curiosité.

 

 

 

Et d’un coup tout fut rompu vers le début de l’été; Sakina le rencontrait de moins en moins, puis elle obtint son baccalauréat et partit à la capitale passer le concours de l’institut de la Communication et du Cinéma. Au début, Ramdane   ressentait un certain bonheur pour la perspective qui s’était ouverte à celle qu’il aimait. Celle-ci tardait de le contacter. Ramdane souffrait de cette absence apparemment volontaire, il finit par se rendre compte que son désir de se lier à cette fille était voué à l’échec.

 

 

 

Le garçon de café qu’il était devait se contenter de son présent, il n’avait aucune perspective de devenir autre surtout avec les lourdes idées  qu’il portait. Piégé par sa propre volonté, il devait pivoter sur place. Quand Sakina lui rendait visite au café et prenait place juste devant le comptoir, les oisifs donnaient libre cours à leur imagination. Certains l’enviaient, d’autres médisaient de la fille et craignaient un dérapage pour leur progéniture féminine. On se demandait si ce n’était pas le début de la conquête des cafés par les filles. Une certaine catégorie trouvait le fait amusant, car en fin on ne serait pas seul à   s’affronter le long de la journée comme des boucs dans ces lieux et on s’ennuierait moins.

 

Pour Ramdane dont l’esprit commençait à se tarauder, il fallait relire toutes les sympathies et les bontés de la fille. Un fil fut coupé ; il fallait le racoler sinon tous les rêves tomberaient par terre. Il voyait en elle un canot de sauvetage qui l’amenait vers la rive   de la lumière et de la sécurité, il avait l’ ambition de l’avoir toujours à ses côtés pour lui parler de l’histoire, de la géographie et de la philosophie. Mais elle n’était plus là, elle disparut et ne donna aucun signe.

 

Elle prit en fin l’initiative de lui écrire des lettres où elle eut la peine de lui insinuer que ce qui les reliait  n’était que de l’amitié et qu’il ne fallait pas donner à leur relation une autre dimension qui lui serait fatale. Ramdane avalait  difficilement  ces propos et se mettait alors à poser les questions élémentaires ;mais tout en elle m’exprimait son amour, ne serait-ce que  par cette main qui  serrait la mienne dans le noir de la salle , par ces fleurs qu’elle m’apportait en me proposant de les mettre sur le comptoir pour me sentir mieux ou  par  ses regards qui me fixaient quand on se trouvait  seul et face à face.   C’était elle qui lui disait que l’homme est un homme non pas par ce qu’il a mais par ce qu’il est, c’était elle qui insistait pour qu’il reprenne des études et prépare son bac, c’était elle qui lui disait que l’homme et la femme sont égaux et la question du partage des taches n’est qu’une question culturelle.

 

De belles idées qui incitaient au grand rêve. Ramdane arrêta ses analyses et suspendit ses interrogations.

 

 

 

 

 

Seuls ses amis éternels alignés le long de la clôture du parc abandonné gardaient leur méfiance. Ils s’entêtaient à ne pas croire à ce qui se déroulait devant eux bien que Ramdane continuat de les considérer comme   étant incapables de s’ouvrir au nouveau monde qu’il était en train de fonder en compagnie des amateurs du cinéma au moyen de mots et de palabres  .Ces marchands infortunés, témoins de toutes les  transformations   refusaient d’intégrer le ciné-club malgré les exhortations de Ramdane et leur proximité de la salle de projection. Les plus vieux d’entre eux comparaient la manifestation dominicale à celles qui avaient marqué le début de l’ère de l’indépendance du Royaume et auxquelles tous les jeunes de l’époque prenaient part .Ils affirmaient que ce n’était là qu’une ruse   entretenue à l’époque par les plus intelligents afin de mettre main basse sur le pays et ériger une puissance à même de remplacer les colons.  Mêmes les jeunes qui étaient comme eux issus des souches populaires, contribuaient inconsciemment et activement à duper leurs semblables. Par la suite seule une partie de cette catégorie a pu profiter de quelques miettes tandis que la plupart ont essuyé les déceptions.

 

Zaytouni, le plus instruit des marchands se présentait comme l’exemple des victimes qui avaient gaspillé leur temps au détriment de leurs intérêts et de ceux de leur famille :

 

« ces élèves, disait-il, dès qu’ils s’approprient de leurs postes, s’ils étudient bien ou s’ils ont de bonnes relations familiales, ils oublient tout et changent vite de rive. Ils deviennent dans la plupart des cas l’ennemi de leurs semblables de jadis. Ce sont eux qui  dirigent les municipalités, les tribunaux, les écoles, allez voir ce qu’ils font, ils passent toute leur vie   à amasser de l’argent  par tous les moyens, ils oublient tout :leur origine, leur rêve et même ceux qu’ils connaissaient jadis.. . »

 

Des expériences qui les avaient amenées à ne croire à rien. Ils disaient qu’ils n’étaient pas aptes à servir  une autre fois comme échafaudage à qui que ce soit. Ce type de conscience ne manquait pas évidemment de logique, or Ramdane voulait le saper coûte que coûte. Il le rejetait catégoriquement.

 

Et c’était là, à mon avis, l’une de ses erreurs fondamentales. Il s’agissait d’une vérité qui, bien que relative, était et est claire partout chez nous. L’individualisme exagéré, la cupidité, un goût illimité pour le luxe et l’absurde régnaient.  Ce sont les fils du peuple qui montraient le plus de zèle pour mater et exterminer tout ce qui leur rappelle leur image d’autrefois.

 

Pour démontrer le peu de vérité que contenaient ces propos, Ramdane prit l’habitude de distinguer entre les idées et les personnes. Il disait souvent que Winston Tcherchel était le fils d’une famille ouvrière et pourtant il avait guidé l’état le plus capitaliste du monde tandis que Nikita Khroutchov, bien qu’il soit né dans une famille bourgeoise, a été président du premier état ouvrier du monde. Je ne savais pas où Ramdane allait chercher ces réponses sur mesure pour tout ce qui était embarrassant. De toute façon, il n’avait plus l’espoir de récupérer ses amis et les intégrer au ciné club.

 

Autrement dit, il n’avait plus rien en commun avec eux, et un profond fossé venait ainsi  de se creuser entre lui  et eux  après celui qui existait déjà avec les amis du quartier. Ramdane venait donc de répudier un monde et de se marier avec un autre.

 

Les vendeurs des pépins, du pois chiches et des bonbons continuaient d’adorer les films de L’Inde et de Hon kong, leur attachement indéfectible au football. Une sorte de résignation et de reddition, aurait commenté Ramdane plus tard.

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09-10-2011

EP42 Mais Mahjouba voulait reconquérir sa liberté. Sa mauvaise humeur devenait chronique LE PANIER ET LE PARTI

On disait que ce nouveau riche voulait, pour lui seul, savourer les charmes de Mahjouba jusqu’au bout. Il finit par se lasser d’elle et commençait un jeu étrange et satanique qui consistait à la surexciter, en la dopant de toutes les sortes de drogue et de vin jusqu’à la perte totale de conscience, puis de l’offrir aux autres tout en jouant le rôle du mari cocu.

 

Il fallait jouer ce rôle sans lequel le plaisir ne pourrait toucher le point sublime. Ivre, elle se laissait faire mais elle finit par avoir froid aux yeux. Car elle sentait qu’elle était devenue un jouet à la portée de tout chacun. Et avec le temps; elle avait eu l’impression de servir de monnaies de change ou de clef pour le monsieur qui s’enrichissait du plus en plus. Un jeu sadomasochiste, il ne fallait pas uniquement essorer Mahjouba, mais aussi l’utiliser comme une prothèse pour se donner des sensations extraordinaires. Il faut le dire, pour la plupart des messieurs qui   venaient forniquer chez le mari rusé, ce n’était pas Mahjouba qui était visée, mais c’était l’épouse, c’est à dire l’honneur du monsieur. Mais le monsieur était plus intelligent qu’eux, il ne l’avait pas épousée   légalement.  C’est dire que ce n’était pas un mariage légal et officiel mais tout simplement un jeu d’imposteur. Quand ces types ne trouvaient plus rien à piller, ils mettaient main basse sur les corps et les âmes des gens. On dirait des satans qui adoraient semer les germes du mal partout.

 

Une conclusion que Ramdane et moi avions souligné plusieurs fois. Car la guerre sociale était toujours en cours, du moins pour nous, qui avions peut-être mal négocié plusieurs stations dans notre vie. Car dès lors le monsieur n’a fait que s’enrichir.

 

Et si vous venez à Zaytouna, vous logerez dans ses hôtels, vous prendrez votre café dans ses cafés, vous voyagerez dans ses autobus, vous aurez sa signature sur vos papiers, vous le trouverez partout. Donc pour ces gens là, comme le démontrait magistralement Ramdane, en baisant Mahjouba c’était l’épouse qu’ils visaient. On n’éprouve de plaisir immense que lorsqu’on arrive à faire du mal aux autres en les humiliant au su et au vu de tout le monde. Une occasion bien montée et superbement offerte par le monsieur à ses amis.

 

Mais Mahjouba voulait reconquérir sa liberté. Sa mauvaise humeur devenait chronique. Elle essaya d’abord de jouer le jeu de la supercherie jusqu’au bout. Et c’était ainsi qu’il lui était arrivé de se donner à plusieurs convives à la fois. Elle voulait  arracher le cœur du prétendu mari mais en vain. Au contraire, ces pratiques extravagantes lui faisaient beaucoup de plaisir. Car elles enivraient davantage ses amis. Ennuyée de servir d’auge à n’importe qui presque chaque nuit, envenimée d’alcool et de schiste, elle décida de demander sa libération au monsieur. Celui-ci refusa sous prétexte qu’elle ne pouvait pas mener une vie meilleure que celle-ci ailleurs :

 

« Voici le whisky, voici les cigarettes, chaque nuit tu es entourée et choyée par la meilleure élite de Zaytouna; que veux-tu de plus ? ».

 

Un refus qui avait risqué de lui coûter très cher car Mahjouba n’était pas en position de raisonner ou d’attendre.

 

Une soirée, alors que Mahjouba était dans un état d’ébriété très avancé, elle prit une bouteille de vin et la lui cassa sur la tête avant même qu’il ne se tournât pour  la fixer des yeux ou lui échapper. Un scandale qu’il étouffa puisque la blessure n’était pas fatale. Il la répudia, appela l’un de ses amis et partit très tôt à la capitale. Il se soigna, visita le garage d’un carrossier pour lui demander de froisser la voiture de façon à ce qu’elle apparaisse avoir subi un accident terrible. Une demande étrange. Mais à Zaytouna, l’arme qui sert le mieux c’est le mensonge et la fourberie.

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